SOPHIE, DUMONT
Oui , mon oncle m'a dit : « O ma bonne Sophie !
Toi sur qui j'ai fondé le bonheur de ma vie ;
Il faut te marier; il est de mon devoir
D'assurer ton bonheur, et j'en conçois l'espoir ;
Je t'offrirai bientôt un époux estimable. »
— -Un époux! ai-je dit. — Tu seras raisonnable;
Quel que soit cet époux, il doit être accepté.
Ton sort et ta naissance,.... oui, la nécessité.,..»
A ces mots sur son front une rougeur subite
Paraît.... puis, tout à coup mon oncle prend la fuite,
Et me dit dans son trouble : « Adieu , Dumont t'attend ,
Par lui tu vas connaître un secret important. »
Quel est donc ce secret dont vous devez m'instruire?
DUMONT
( A part. )
Mademoiselle, ehl mais.... Comment vais-je lui dire?
( Haut. ) Vous êtes bien aimée. Oui , Franville d'abord Par tendresse a voulu vous fixer un beau sort ;
Tous les ans il a soin d'augmenter votre rente.
Allez votre fortune est bien indépendante,
Et trois cent mille francs font un beau revenu!
Quoi!
Je ne voudrais pas en oter un écu.
A ses yeux vous avez les droits de sa famille :
( Timidement )
Si la loi vous les ôte.... il les rend à sa fille.
SOPHIE
Sa fille ! cher Dumont.
DU M ON T
Voilà le grand secret.
Hélas ! sur votre orgueil il en a craint l'effet ; Mais le doux souvenir de votre heureuse enfance Vous fera pardonner le tort d'une naissance....
SOPHIE
J'entends : à ses bontés je n'ai pas deviné Que par le cœur d'un père il était entraîné!
DUMONT
Il ne saurait, je crois, vous aimer davantage; Mais il ne m'a pas dit un mot du mariage. Je vois ce qui le fait agir en ce moment : Pour vous faire accepter cet établissement, Pour rompre tout obstacle , il a cru nécessaire Cet aveu que plus tard il eût fallu vous faire. Renfermez ce secret; oui, Franville aurait tort Si madame par vous apprenait votre sort; lllsslniulez donc bien, surtout en sa présence;