ACTE III, SCÈNE I. 5o
Et du public déjà j'ai pris l'opinion.
Que vois-je autour de moi qui ne blesse la vue ?
Ijne magnificence au ministre inconnue!
CANDOR
Ce que vous dites là, je l'ai trop répété; Mais notre bon Franville est parfois entêté. Je lui disais sans cesse : « Un bomme de finance « Ne doit pas afficher ces grands airs d'opulence. "a Quand sur soi du public on veut fixer les yeux, «On doit craindre les traits que lance un envieux. » Eh bien ! ce bon ami , que malgré ses torts j'aime , Qui, dans sa gestion, est la prudence même, Dont on vante partout la stricte bonne foi, Riait de mes sermons et se moquait de moi.
SAINT-GÉRANT
Très-bien ; et direz-vous que madame Franville Doit se donner les airs qu'elle a dans cette ville; Qu'elle doit, sans penser, parler à tout propos; Se moquer de nos grands , qu'elle appelle des sots ; Sur de pieux sujets essayer des saillies , Juger nos magistrats par des plaisanteries, Et porter, comme un titre à la discussion, Sur des actes publics sa folle opinion?
CAjVDOR.
Bon! son époux n'y voit qu'une aimable folie, Ou quelques traits malins de son espièglerie : En vain je lui disais, mais avec ma douceur, Que le plus mauvais ton était le ton railleur, Et qu'un trait décoché par l'esprit et la grâce N'en blessait que plus fort, et marquait mieux sa place
5oG LE FAUX BONHOMME.
Que l'indulgence était d'un devoir rigoureux Envers les bonnes gens qui vivaient avec eux ; Eh bien ! mes bons conseils à cette aimable dame M'ont attiré vingt fois sa maligne épigramme; Mais, malgré tous ses torts, son cœur sec et méchant. En plaignant mon ami, je l'excuse pourtant.
SAINT-GÉRANÏ.
Vous l'excusez en vain , ce zèle est inutile ;
Je sais tout ce qu'on pense et d'elle et de Franville.
C AN DOR
Tous ses petits défauts ne tiennent point au cœur:
Leur caractère seul a fait tout leur malheur.
Vivre avec mon ami, c'est la chose impossible,
Et, malheureusement, il est incorrigible;
Il a dans ses rapports certaine fermeté,
Qu'il appelle franchise, et c'est de l'acreté.
Pour sa femme et pour lui j'ai rompu mille lances,
Mais en vain : il naissait de nouvelles semences
De haine, de discorde.... Enfin je les ai vus
Froids avec le préfet, et souvent mal reçus;
J/avocat-général évite leur présence ;
Tous les droits-réunis blâment leur importance;
Ils ont eu quelques mots avec le commandant;
Le procureur du roi se plaint d'eux; cependant
Il les voit quelquefois; mais avec le domaine
Ce sont mille propos inventés par la haine.
Ces commérages-là tenaient de la fureur ;
Je devins, par pitié, leur conciliateur.
Et comme ces messieurs ont pour moi de rcslmio,
Et qu'avec eux je vis d'une lacon intime.