ACTE IV, SCÈNE I
Ah! je suis tellement victime de la ruse, Que , malgré moi , mon cœur est un peu défiant.
CA.NDOR.
Et moi je te dis tout , comme fait un enfant : Quand je forme un projet tout plein d'extravagance, En te le révélant j'y mets peu d'importance. Avec ses vrais amis on agit comme il faut, Dès qu'on ne cache rien, que l'on pense tout haut. • Tu ne m'approuves pas , je ne dois pas m'en plaindre : Avec toi, j'aime mieux avoir tort que de feindre. Ainsi restons-en donc à nos premiers projets. Et d'un champêtre asile allons goûter la paix. Quel heureux avenir pour ta bonne famille ! Tu trouves ton ami dans l'époux de ta fille : Pour un père adoré que de soins prévenants!,... Mais je n'y songeais pas, et tes petits-enfants?... Ces tableaux paternels ont pour moi tant de charmes Quejesens dans mes yeux... ah! cesontbien des larmes! Ce faible cœur a beau s'armer de fermeté , La nature trahit sa sensibilité.
FRANVILLE.
Cher Candor, ces doux pleurs ont su toucher mon ame.
CA>'DOR
As-tu de nos projets entretenu ta femme?
FRAIVVILLE.
Pas encor;je l'attends pour lui parler ici; Déclarer ton hymen , la prévenir aussi Que Sophie est ma fille.... Il faut de la prudence Pour lui faire oublier ma faute et mon silence.
CANDOR
Elle a pour ta Sophie un tendre attachement , Et tout ira très-bien. Moi , je vais à présent En vrai triomphateur courir toute la ville , Dire que le préfet est allé chez Franville Pour visiter sa caisse, et qu'il n'a jamais vu Chez aucun receveur un compte mieux tenu. Je saurai plaisamment raconter l'aventure A ceux qui te croyaient en mauvaise posture. Les perfides!.... Je veux de la bonne façon Les vexer à leur tour; et pourtant je suis bon.
( Il sort. )