ACTE I, SCENE VIL
MADEMOISELLE DÉBORA
Et pourquoi ne serals-je pas aussi hasardeuse que mademoiselle? Il est certaine figure qu'un diable doit toujours prendre s'il veut nous plaire.
LE TROUBADOUR
Eh bien! soyez contente; vous le verrez.
LE BARON
C'est en vain que je réfléchis au prodige que vous m'annoncez; il passe mon intelligence. Quoi ! je croirai voir mon fils?...
LE TROUBADOUR
Vous croirez le voir, entendre sa voix. C'est à son départ de la maison paternelle, c'est dans l'instant de son arrivée dans la première hôtellerie, qu'Edmond va paraître à vos regards; mais bientôt mon art, qui ne connaît aucun obstacle , vous fera suivre cet imprudent, au milieu de la capitale, dans le tumulte des fêtes et des plaisirs.
LE BARON
Jamais rien de semblable.... Vous m'étonnez de plus en plus.
ERM ANGE.
Moi , j'ignore jusqu'où votre art peut s'étendre ; mais, s'il est vrai que vous puissiez nous rendre témoins d'un tel prodige, ne perdez pas un instant, généreux troubadour ; et faites-nous connaître une illusion qui peut rompre mon hymen , désarmer un père outragé, et rendre Edmond à notre amour.
LE BARON, au troubarlour.
Vous me fm-rez d'en convenir, je partage son impatience.
LE TROUBADOUR
Je suis prêt à vous satisfaire; quelques instants me siiffîsent ; mais, pendant la durée de ce prestige, quel que soit le trouble de vos esprits, jurez-moi que vous garderez le plus profond silence. La moindre parole peut devenir fatale à l'indiscret....
LE BARON
Nous vous promettons le silence le plus religieux.
MADEMOISELLE DEBORA.
Avec la meilleure volonté de parler, la peur seule saura bien m'en empêcher.
LE TROUBADOUR
.Te compte sur vos promesses. Entrez dans cette grande salle. Tout est disposé pour vous y recevoir.
LE BARON
Soit; je vous obéis.
ERMANCE.
Une émotion de crainte et de plaisir....
MADEMOISELLE DEBORA.
C'est malgré moi ; mais je tremble de tous mes membres.