ACTE 1, SCENE f
Que des ir^f'orrunés, heureux par ses bienfaits ?
DELMONTÉ.
Je vois avec douleur, je vous le dis sans feinte, D'un amour insensé votre grande ame atteinte. Votre cœur dès long-temps chérit Monaldesclii; Pour prix de ses bienfaits doit-il être trahi. Quand la reine, oubliant une vaine distance, De ses feux aujourd'hui couronne. la constance?
LAGA.RDIE.
Et voilà, cher ami, ce qui fait mon tourment!
Le remords, malgré moi, m'accable à tout moment.
C'est en vain que je veux, cherchant la solitude.
Eloigner le sujet de mon inquiétude;
Je retrouve par-tout mon ardeur et mes feux ,
Et je vis isolé , sans être plus heureux.
Je trahis une reine, osant brûler pour elle;
Aux lois de l'amitié je deviens infidèle,
Et j'outrage à-la-fois par ce cruel amour,
Monaldeschi , Christine et moi-même à mon tour.*
Vingt fois près de céder au feu qui me dévore,
Je veux lui découvrir à quel point je l'adore :
Le respect s'emparant de mes sens effrayés,
Je ne peux que gémir et tomber à ses pieds.
Je ne m'aveugle pas. Je sais quel est mon crime;
Mais tel est le pouvoir de l'amour qui m'anime.
Que si j'étais heureux , en suivant ses excès ,
Je voudrais l'obtenir, fût-ce par des forfaits.