‹ OEuvres complètesChapitre 229 sur 330 · SCÈNE XXI · texte numérisé non relu

SCÈNE XXI

ANTOINE KERLEBON , l'arrêtant en remplissant son verre et lui faisant prendre le sien.

Un moment.

(Antoine Kerlebon et Jacques Kerlebon debout trinquent ensemble, boivent et s'embrassent ensuite ; puis ils quittent la tiible.) JACQUES KERLEBON.

Mais dis-moi seulement comment il se fait que tu sois noyé , et que tu sois ici ; et pourquoi , étant vivant , allons-nous nous partager tes biens?

Mais j'espère bien que vous n'y toucherez pas.

JACQUES KERLEBON.

Tu n'es donc pas mort... là... sérieusement?

ANTOINE KERLEBON.

Tu le vois bien.

lACQUES KERLEBON.

Je veux mourir, si j'y conçois rien encore.

ANTOINE KERLEBON.

Ton étonnement cessera bientôt. Il est vrai que j'ai tait naufrage, qu'on m'a cru noyé, que je fus sauvé par les Anglais; que j'arrive h temps pour sauver mon bien, et pour embrasser un bon frère , dont les regrets m'ont touché jusqu'au fond de l'ame.

JACQUES KERLEBON.

J^a drôle d'aventure! Tu joues là un vilain tour à les héritiers. Les corsaires s'attendaient à faire une bonne prise; mais sarpebleu ! à corsaire, corsaire et demi.

V\T()1NI KERLEBON.

Tous n(^ sont pas iiuhgnos de mon amitié. Le jeune

artiste Henri et ta prétendue sont de bons enfants, je

veux les marier ensemble.

JACQUES KERLEBON.

Comment ! frère , tu veux marier ma prétendue ?

ANTOIiVE KERLEBO^.

Eb ! oui. A quoi rêves-tu, de vouloir épouser une jeune fille de quinze ans? tu serais son grand -père. Elle ne t'aime point, elle aime son cousin, il faut les imir.

JAC'qUES KERLEBOIV.

Je crois que tu as raison : je ne suis qu'un vieux bâtiment radoubé; et, si je m'embarquais pour le mariage, j'aurais peur de rester en cbemin.

ANTOIIVE KERLEBON.

Sans doute.

JACQUES KERLEBO?f.

Que je suis beureux! tu n'es pas mort, et je me porte bien. Mais embrassons-nous donc encore : quand on a été quinze ans sans se voir , on doit s'embrasser au moins trois fois.

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