ACTE II, SCENE V
mis de me présenter chez elle... Cette dame était votre amie, à ce qu'il m'a paru dans le temps?
MADAME RENAUD
Et je crois qu'elle l'est encore... si je ne la vois plus aussi souvent...
ARMAND
Elle vit fort retirée, et vous, madame,. autant que je puis m'y connaître, vous êtes à présent répandue dans le frès -grand monde... L'état obscur et les principes de la dame dont vous me parlez , contrarieraient un peu l'essor brillant que l'on vous a fait prendre.
RICHELIEU, malignement.
C'est une méchanceté qu'il vous dit là au moins... mais ne vous en fâchez pas, il s'égaye aussi quelquefois sur mon compte.
MADAME RENAUD
Monsieur ne me connaît point assez pour me juger, et je connais trop les principes de probité, d'honneur, qui le font généralement estimer, pour me fâcher contre lui.
RICHELIEU
Oh! c'est un homme dont je fais beaucoup de cas... Malheureusement ce n'est pas toujours avec de la probité que l'on fait son chemin dans le monde.
ARMAND
Ce n'est pas la faute de la probité.
RICHELIEU, bas H madame Renaud.
Vous voyçz bien que c'est un original... {Haut a Armand^ Mais, puisque tu es si délicat, que ne tra-
vailles-tu j30ur le théâtre? je te promets de faire jouer par ordre la première pièce que tu feras.
ARMAND
Est-ce y?<2/" ordre aussi que vous la ferez réussir?... Non, monsieur, j'ignore ce que le sort me réserve, mais je ne veux au moins parvenir au bonheur et à quelque réputation, que par des moyens que je puisse avouer. Mais, monsieur, vous avez du monde, le temps s'écoule... vous ne ferez sûrement rien aujourd'hui... ainsi je vais...
(Il s'apprête à se retirer.) RICHELIEU.
Eh non.... madame Renaud me permettra bien de finir quelques affaires...
M A D A I\r E RENAUD, se levant pour sortir.
Je ne voulais que vous voir, et me rappeler à votre souvenir... vous êtes occupé, je vais me retirer.
RICHELIEU
Non, je vous dis, vous ne me gênez pas du tout, et ce n'est que l'affaire d'un moment. Je suis entièrement à vous dans deux minutes.... d'ailleurs, cela ne nous empêchera pas de causer... restez. Armand, écrivez... (^11 dicte.) «Mon très-aimable comte, enfin j'ai (c trouvé le moyen de jeter une défaveur complète sur « le cher homme dont nous parlions hier... »
MADAME RENAUD
Voilà un début qui promet.
RICHELIEU
La Fosse, mets-toi là, prends une pli«ne et écris... J madame Renaud.) Madame de Palmézi vient de
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m'adresser la lettre la plus tendre, et cléecinnienl je ne puis me dispenser de lui répondre.
MADAME RKJVAUD, piquëc.
Je vous remercie de choisir le moment où je sui6 avec vous...
RICHELIEU
Vous ne savez pas ce que je vais écrire... Es-tu prêt, la Fosse? {Il dicte.) « Belle Palmézi, je reçois à l'instant « la charmante lettre où vous me jurez de m'aimer « éternellement... »
MADAME REIVALD.
Quoi?
R ICIIELIEU.
Attendez donc la fin del'épître... A propos.
(11 lui parle à loieille.) ARMAND, k part.
Plus il trompe avec audace, plus il a d'insolence, et plus il est aimé !
R I C II E L I E U , haut a inarlaiiin Renaud.
Songez que je vous attends, et qu'il faut absolument (jue vous veniez ?
MÀDA3IE RENAUD, d'uu tuii mi piu sec.
Cela n'est pas bien sûr.
RICHELIEU, légcveitiL-nt.
Très-sûr, très-sûr... [A Armcuid.) A vous, mon philosophe. {^li dicte.) « I^e cher honnne dont nous « j)arlions hier ; toutes ses vertus ne le sauveront pas «( du ridicule (jue je prétends lui donner. »
MADAME RENAUD
S'occuper q\\ même temps d'une lettre d'affaires, et d'un billet galant! quelle présence d'esprit!
RICHELIEU, légèrement.
Nouveau César, comme lui le front ceint de lauriers, je dicte à-la-fois plusieurs épîtres, et fais marcher ensemble les affaires et les plaisirs. ( // dicte a La Fosse.) «Belle Palmézi, je reçois à l'instant la chara mante lettre oii vous me jurez de m'aimer éternelle- « ment. En véritable ami, je ne vous conseille pas de « me tenir parole. Tout philosophe que je suis, l'éter- « nité m'a toujours effrayé, et sur -tout en amour: ne « comptez pas sur moi pour fournir avec vous la carce rière; en honneur, je ne me sens pas la force d'aller (c à moitié chemin. »
MADAME RENAUD
Mais voilà un billet d'une impertinence...!
RICHELIEU
Je sais ce que je fais... si je lui disais des douceurs, je cesserais de l'intéresser.
jMADAME RENAUD, avec dépit.
Adieu.
RICHELIEU
Restez donc, vous êtes folle, je vous expliquerai tout cela... Écrivez, vous, Armand? {Il dicte?) «Toutes « ses vertus ne le sauveront pas du ridicule que je « prétends lui donner; mais elles le consoleront au sein « de la philosophie, de la perte d'une place à laquelle « il n'entend rien , et qui vous convient infiniment « mieux qu'à lui. w
Quoi! vous vous permettez...?