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SCÈNE VI

RICHELIEU, Madame RENAUD.

RICHELIEU, d'un ton caressant.

Eh hien, qu'est-ce, vous boudez! vous m'en voulez!

MADAME RENAUD

Non... Mais je ne conçois pas comment on peut vous aimer, car vous êtes vraiment haïssable... Il faut que les femmes soient folles... Il faut que je le sois moimême... et c'est ce qui me met au désespoir.

RICHELIEU, du ton le plus galant.

On n'est pas plus aimable, et je ne puis que vous savoir gré même de vos injures; mais je vous ai promis de vous expliquer les motifs de ma conduite, cl

MjA LA JEUlNESSE DE KICHELIEL.

je vais le taire : je passe sur ma lettre au lieutenant de police ; ce qui vous intéresse le plus , ce sont mes relations avec de belles dames , et c'est à cela que j'en veux venir. Je suis jeune , j'ai de l'ambition ; on ne réussit dans le monde que par les femmes; c'est donc aux femmes qu'il m'importe de plaire : on n'émeut leur sensibilité, on ne pique leur amour-propre qu'en leur offrant des obstacles à surmonter; on ne les captive qu'en leur présentant des rivales à vaincre, et c'est ce qui m'oblige à multiplier mes triomphes^.. Mais mon cœur, ce cœur que vous accusez de ne savoir ])oint aimer, mon cœur est plus susceptible que vous ne croyez d'un véritable attachement , mon cœur n'existe que pour un seul objet, et c'est la belle, la sensible Renaud, tout injuste qu'elle est, qui s'en est emparé la première, qui le rend indifférent pour tout ce qui n'est point elle , et qui seule y règne sans partage.

MADAME REJVAUD, avec sentiment.

Vous me trompez, j'en suis sûre.... Mais, ingrat, tel est votre ascendant sur moi, que je vois l'artifice et ne puis me défendre d'en être la victime... Cependant, grâce à vous, je n'ose plus me présenter chez mes meilleurs amis... je crains de les faire rougir.

RICHELIEU

Quels sont donc ces amis scrupuleux dont vous redoutez si fort les jugements et la sévérité?

MADAME RENAUD, en soupirant.

La liaison que je regrette le plus, est celle que j'avais avec cette femme dont votre secrétaire me parlait

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