ACTE V, SCENE II
MADAME MICIIELIIS.
Le comble des malheurs... je suis perdue, je suis déshonorée.
MARI E
Juste ciel!
ARMilND.
Tous ceux qui vous comiaissent, vous aimeront, vous estimeront toujours. Hélas! l'instinct du cœur ne dépend pas de nous; ce qui nous appartient, c'est le courage, c'est la force de combattre un penchant malheureux , c'est le besoin de la vertu , l'horreur du crime , et le sentiment du repentir... Mais votre époux va rentrer, dérobons à ses yeux les traces d'un événement, dont la connaissance détruirait à jamais son bonheur et sa tranquillité. Montez dans votre appartement, tarissez vos larmes, reprenez un dehors plus serein, et quittez ces vêtements nuisibles à votre santé, et qui trahiraient notre secret.
MADAME MICHELIN, d'une voix sombre.
Ma mort le révélera... mais je vous obéis... Viens, Marie... {^Elle se levé et retombe sur le fauteuil.^ J'éprouve une faiblesse, un anéantissement... Le ciel, je crois, me regarde en pitié... Oui, je le sens... je n'ai plus long-temps à souffrir... mais vous avez raison... avant ma dernière heure, il faut que je revoie mon époux... Il est généreux, il me plaindra... peut-être une larme arrachée de son cœur viendra tomber sur ma main défaillante... Cette larme précieuse effacera la tache imprimée sur ma vie, et le sacrifice de mes jours achèvera d'acquitter ma dette. (Elle se lève.)
MARIE
Non, vous ne mourrez pas... vous vivrez...
ARMAND
Pour votre époux, pour vos amis...
MARIE
Pour moi, qui élevai votre enfance...
ARMAND
Du courage...
MARIE
De la résolution...
ARMAND
Rien n'est désespéré... rien n'est perdu...
MADAME MICHELIN
Tout, tout... L'honneur n'est plus, et l'on ne survit pas à l'honneur.
(Appuyée sur Marie, elle rentre dans son appartement.)