‹ OEuvres complètesChapitre 92 sur 330 · F I R IVI 1 N · texte numérisé non relu

F I R IVI 1 N

Dans quel état te voilà !

HENRI

Il n'est pas question de cela; pouvez-vous m'ohliger '

Oui, je pourrai toujours obliger mon ami. V^oilà tout ce(jue je possède , c'est le fruit de mes épargnes.

(Il lui donne son poile-l'euille. ) HENRI, iviend.i.

(-ela te généra, peut-être.

FIRMIN

N'ol)lige-t-on ses amis <(ue lorstjuon peut li' fainsans se gêner?

ii8 LA YKAIE BRAVOURE.

HENRI

Quelle délicatesse!... Je ne sais, mais je me trouve tout étourdi : l'air m'a saisi. *

FIRMIN

Henri, combien tu m'affliges! Cruel Henri!

HENRI

Je sens que quand on met si souvent ses amis à l'éjDreuve, on finit par les fatiguer.

FIRMIJN".

Est-il question d'argent, d'intérêt, quand je me vois sur le point de perdre mon ami ?

HENRI

Eh! pourquoi donc me perdre? Ah! jamais, Firmin, jamais.

FIRMIJV.

Je te le répète , tu fuis , tu crains ma société. Pourquoi me manquer de parole?

HEJSRI.

On m'a entraîné.... Je comptais....

FIRMITV.

Dans quel état te présentes-tu à mes yeux?

HEJNRI.

Mais je ne sais pas ce que tu peux voir en moi....

^^/;<2r^.) Je rougis.

FIRMIN

En vain tu veux cacher ta honte. La nature est plus forte.' Ce visage, pâle, ces yeux humides, cette démarche tremblante, tout cela ne te trahit - il pas? Henri sort d'une déijauche crapuleuse, et il en sort

SCKJNK X. 119

HENRI

Moi, je serais ivre! Savez-vous , Firinin?... {J pari.) Je ne sais qi\p lui dire.

Et quel jour encore? uii jour quil répond du salut de la place; si tous tes camarades t'imitaient, que deviendrions-nous ?

HENRI

Savez-vous, Firmin , que vous m'outragez?

FI RM IN.

Je n'outrage jamais mon ami : je lui dis la vérité.

La vérité est quelquefois offensante.

FIRMIN

N'importe, je dois la dire à celui que j'estime assez ponr croire qu'il puisse l'entendre.

HENRI

Eh bien! je l'entendrai clans un autre moment; dans celui-ci, je ne puis....

FIRMIN

Non, tu l'entendras à présent. Il n'y a que des flatteurs qui puissent employer des ménagements; mais voilà comme je parle à mon ami, et tu l'es, tu le sais. Je te dirai : Henri, vois -tu les dangers et la honte qui peuvent rejaillir sur toi ; la générale peut battre , le poste peut être surpris, et, tandis que tes camarades combattront pour le défendre, toi, dans quelque coin, sans force , sans énergie , sans courage , tu céderas à la nature, et plongé dans un sommeil égal à celui de la TOort, tu ne pourras t'opposer aux progrès de l'ennemi ,

i2u LA \ ilAlE BlIAVOLKE.

et à ton révtil, tu n'auras que le honteux remords d'exister encore lorsque tous tes camarades auront péri au poste d'honneur.

H F. ]V R I , à part.

Il m'accable. (Haut.) Et quedlriez-vous donc à celui qui vous serait étranger?

FIRMIX.

Je lui dirais : Vous êtes un lâche.*

HE?fRI.

Vous m'insultez.

Non. Je connais votre bravoure; je sais que c'est la première faute que vous avez commise en ce genre; mais, je le répète, si je parlais à un autre, je lui di- • rais : Vous êtes un lâche. Vous répondez de la siireté de vos concitovens , vous n'êtes plus en état de les défendre ; donc , vous craignez de vous exposer à la mort ; vous méritez d'être puni. Et si j'étais de service, je le punirais sévèrement.

HEVRI.

Vous me puniriez donc.

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