‹ Œuvres complètesChapitre 23 sur 28 · DES DEVOIRS CIVILS · texte numérisé non relu

DES DEVOIRS CIVILS

ques occasions solennelles tremper ses lèvres avec les heureux du siècle dans la coupe d'une hospitalité somptueuse ; le pauvre est ombrageux et jaloux ; il accuse promptemcnt d'adulation ou de sensualité l'homme qu'il voit souvent à la porte du riche à l'heure où la fumée de son toit s'élève et lui annonce une table mieux servie que la sienne. Plus souvent, au retour de ses courses pieuses , ou quand la noce où le baptême ont réuni les amis du pauvre, le curé peut- il s'asseoir un moment à la table du laboureur et manger le pain noir avec lui ; le reste de sa vie doit se passer à l'autel, au milieu des enfants auxquels il apprend à balbutier le catéchisme, ce code vulgaire de la plus haute philosophie, cet alphabet d'une sagesse divine. Dans des études sérieuses parmi les livres, société morte du solitaire, le soir, quand le marguillier a pris les clefs de l'église, quand V Angélus a tinté dans le clocher du hameau, on peut voir quelquefois le curé, son bréviaire à la main, soit sous les pommiers de son verger, soit dans les sentiers élevés de la montagne, respirer l'air suave et religieux des champs et le repos acheté du jour, tantôt s'arrêter pour lire un verset des poésies sacrées, tantôt regarder le ciel ou l'horizon de sa vallée , et redescendre à pas lents dans la sainte et délicieuse contemplation de la nature et de son auteur.

Voilà sa vie et ses plaisirs ; ses cheveux blanchissent, ses mains tremblent en élevant le calice, sa voix cassée ne remplit plus le sanctuaire, mais retentit encore dans le cœur de son troupeau ; il meurt ;

une pierre sans nom marque sa place au cimetière, près de la porte de son église. Yollà une vie écoulée! voilà un homme oublié à jamais ! Mais cet homme est allé se reposer dans l'éternité, où son àme vivait d'avance, et il a fait ici -bas ce qu'il y avait de mieux à y faire : il a continué un dogme immortel ; il a servi d'anneau à une chaine immense de foi et de vertu , et laissé aux générations qui vont naître une croyance, une loi, un Dieu.

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