AVANT-PROPOS
Les deux premiers volumes de cet ouvrage, dont l'un était imprimé en 1746, et l'autre en 1747, n'ont cependant paru qu'en 1749, avec le troisième : différentes circonstances ont de même retardé la publication du quatrième volume jusqu'en 1753, et celle du cinquième jusqu'en 1755. On ne doit pas nous imputer des délais qui ont été forcés : toute entreprise considérable a ses difficultés qu'on ne peut vaincre que peu à peu , et qu'on est encore heureux de surmonter avec le temps. Nous avions prévu celles qui pouvaient venir de la chose même, nous les avions aplanies d'avance par un travail de plusieurs années; mais comment prévenir les obstacles qu'on a fait naître sous nos pas? ils se sont multipliés malgré la voix du public et le silence des auteurs, qui, n'ayant entrepris leur ouvrage que pour satisfaire plus pleinement au devoir de leurs places, et ne prétendant pas en tirer d'autre gloire, sont demeurés tranquilles, et ont tout attendu de l'effet du temps et de la protection dont le Roi veut bien les honorer. Sa Majesté n'a pas dédaigné de concourir à la perfection de leur ouvrage, en leur envoyant de son propre mouvement plusieurs morceaux rares et précieux, et en donnant des ordres pour qu'ils eussent à la Ménagerie toutes les facilités nécessaires pour la description des animaux. Nous devons, à cet égard, des remercîmenls publics à M. le comte de Noailles, que nous avons souvent importuné, et qui ne s'est jamais lassé de nos importunités; mais combien n'en devons-nous pas au ministre éclairé sous les ordres duquel nous avons le bonheur de travailler! Homme d'Etat, homme de guerre, homme de lettres, il est et serait tout supérieurement. Il a eu la bonté d'entrer avec nous dans le détail de notre travail , il nous a guidés par ses lumières, aidés de ses avis, et nous a procuré les secours qui nous étaient nécessaires pour avancer notre ouvrage. Nous espérons donc en donner dans la suite trois volumes en deux ans, comme nous l'avions promis dans notre projet imprimé; c'est tout ce qu'il est possible de faire, attendu le grand nombre de gravures dont on ne peut se dispenser, et qui sont toutes faites avec soin sur des dessins d'après nature. Les planches du septième volume sont gravées, et nous avons déjà trois cents dessins pour les volumes suivants. Le sixième volume, que nous donnons aujourd'hui , contient les animaux de chasse; le septième volume contiendra tout ce qui nous reste à donner sur les animaux de ce pays-ci , dont le nombre n'est pas aussi grand qu'on pourrait l'imaginer, puisqu'il se réduit à trente-sept ou trente-huit espèces différentes dans les quadrupèdes; mais les animaux étrangers sont en bien plus grand nombre; nous n'espérons pas de pouvoir
1. Cet Avant-propos se trouve en tète du VIe volume de l'édition iu-4°de l'Imprimerie royale, volume publie en 175C.
les décrire tous avec autant d'étendue que les animaux qui se trouvent en France : il y en a que peut-être nous ne verrons jamais , il y en a que le hasard pourra nous présenter, mais que nous ne pourrons acquérir pour en faire la dissection. Cependant nous en avons déjà observé et décrit en entier un assez grand nombre : nous n'épargnons rien pour nous en procurer d'autres; nous en faisons venir des pays étrangers par le moyen de nos correspondants; nous achetons ceux que l'on amène en France, et qu'on veut bien nous vendre ; nous les gardons dans une ménagerie en Bourgogne, pour observer leurs mœurs avant de les disséquer, et nous ne regrettons ni les soins, ni la dépense que ces recherches occasionnent. Nous commencerons donc par donner l'histoire de ceux dont nous aurons fait une description complète : nous en avons déjà assez pour remplir les huitième et neuvième volumes, et, dans l'espace de deux ans, nous espérons bien qu'il nous en viendra d'autres; ensuite nous passerons à ceux que nous ne connaîtrons qu'à l'extérieur, et, au défaut de nos propres observations sur les parties intérieures, nous rapporterons celles qui auront été faites par les anatomistes qui nous ont précédés; enfin, nous ne parlerons qu'historiquement de ceux que nous n'aurons pas vus, en nous réservant de donner par supplément leur description à mesure que nous pourrons nous les procurer.