LE COCHON D'INDE
Ce petit animal, originaire des climats chauds du Brésil et de la Guinée2, ne laisse pas de vivre et de produire dans le climat tempéré, et même dans les pays froids, en le soignant et le mettant à l'abri de l'intempérie des saisons. On élève des cochons d'Inde en France , et quoiqu'ils multiplient prodigieusement, ils n'y sont pas en grand nombre, parce que les soins qu'ils demandent ne sont pas compensés par le profit qu'on en tire. Leur peau n'a presque aucune valeur, et leur chair, quoique mangeable, n'est pas assez bonne pour être recherchée : elle serait meilleure, si on les élevait dans des espèces de garennes où ils auraient de l'air, de l'espace et des herbes à choisir. Ceux qu'on garde dans les maisons ont à peu près le môme mauvais goût que les lapins clapiers, et ceux qui ont passé l'été dans un jardin ont toujours un goût fade, mais moins désagréable.
Ces animaux sont d'un tempérament si précoce et si chaud, qu'ils se recherchent et s'accouplent cinq ou six semaines après leur naissance; ils ne prennent cependant leur accroissement entier qu'en huit ou neuf mois, mais il est vrai que c'e>l en grosseur apparente et en graisse qu'ils augmentent le plus, et que le développement des parties solides est fait avant l'âge de cinq ou six mois. Les femelles ne portent que trois semaines3, et nous en avons vu mettre bas à deux mois d'âge. Ces premières portées ne sont pas si nombreuses que les suivantes, elles sont de quatre ou cinq; la seconde portée est de cinq ou six, et les autres de sept ou huit, et même de dix ou onze. La mère n'allaite ses petits que peniSmt douze ou quinze jours; elle les chasse dès qu'elle reprend le nulle; c'est au plus tard trois semaines après qu'elle a mis bas; et, s'ils s'obstinent à demeurer auprès d'elle , leur père les maltraite et les tue. Ainsi ces animaux produisent au moins Ions les deux mois, et ceux qui viennent de naître
* Mus porcelhu ( Linn. ). ( 'aviu cdbaia ( l'ail. ). — Ordre dos Rongturs ; genre Cobaye 1 1 i. L'Histoire du coi hon d'Info commence le \ UI* volume de l'édition ln-4° de l'Imprlmi
. rolume publié en 1760.
2. i.' l'ocii,, n i'inà taire du iiii's.i, lu Paraguay , i d on mol , du Nouveau
. ii non de ta Guinée. | \ oyez, au reste, là-dei ma Buffon Loi-môme j au chapitre rai l< • Animaux du Nouveau Momie.) •i. Làfemelli do cocfcon d'Inde porte soixaul jours. (Voyez la note d la p. BBlél
LE COCHON D'INDE. fil.»
produisant de même, l'on est étonné de leur prompte et prodigieuse multiplication. Avec un seul couple, on pourrait en avoir un millier dans un an; mais ils se détruisent aussi vite qu'ils pullulent, le froid et l'humidité les font mourir, ils se laissent manger par les chats sans se défendre ; lc3 mères même ne s'irritent pas contre eux : n'ayant pas le temps de s'attacher à leurs petits, elles ne font aucun effort pour les sauver. Les mâles se soucient encore moins des petits, et se laissent manger eux-mêmes sans résistance; ils n'ont de sentiment bien distinct que celui de l'amour; ils sont alors susceptibles de colère, ils se battent cruellement, ils se tuent même quelquefois entre eux lorsqu'il s'agit de se satisfaire et d'avoir la femelle. Ils passent leur vie à dormir, jouir et manger; leur sommeil est court, mais fréquent; ils mangent à toute heure du jour et de la nuit, e'î, cherchent à jouir aussi souvent qu'ils mangent; ils ne boivent jamais, cependant ils urinent à tout moment. Ils se nourrissent de toutes sortes d'herbes, et surtout de persil; ils le préfèrent même au son, à la farine, au pain; ils aiment aussi beaucoup les pommes et les autres fruits. Us mangent précipitamment, à peu près comme les lapins, peu à la fois, mais très-souvent. Us ont un grognement semblable à celui d'un petit cochon de lait ; ils ont aussi une espèce de gazouillement qui marque leurs plaisirs, lorsqu'ils sont auprès de leur femelle, et un cri fort aigu lorsqu'ils ressentent de la douleur. Ils sont délicats, frileux, et l'on a de la peine à leur faire passer l'hiver; il faut les tenir dans un endroit sain, sec et chaud. Lorsqu'ils sentent le froid, ils se rassemblent et se serrent les uns contre les autres, et il arrive souvent que, saisis par le froid, ils meurent tous ensemble. Ils sont naturellement doux et privés, ils ne font aucun mal, mais ils sont également incapables de bien, ils ne s'attachent point : doux par tempérament, dociles par faiblesse, presque insensibles à tout, ils ont l'air d'automates montés pour la propagation, faits seulement pour figurer une espèce.