‹ Œuvres complètes, avec les commentaires revues et corrigés précédées de l'histoire de la satire en France, pour servir de discours préliminaire, par M. Viollet Le DucChapitre 37 sur 42 · ODE SUR LA CH.... P · texte numérisé non relu

ODE SUR LA CH.... P

►nfasme bastard de Cythere, Fils ingrat d'une ingrate mère.

Avorton, traistre et desgiiisé^ iSi je t'ay servy dès Tenfance,

De quelle ingrate recompense

As-tu mon service abusé !

Mon cas , fier de mainte conqueste , En Espagnol portoit la teste , Triomphant , superbe et vainqueur , Que nul effort n'eust sceu rabattre :

Maintenant lasche, et sans combattre, Fait la cane et n'a plus de cœur.

De tes autels une prestresse L'a réduit en telle détresse , Le voyant au choc obstiné , Qu'entouré d'onguent et de linge , Il m'est advis de voir un singe Comme un enfant embeguiné.

De façon robuste et raillai-de Pend l'oreille et n'est plus gaillarde ; Son teint vermeil n'a point d'esclat ; De pleurs il se noyé la face , Et fait aussi laide grimace Qu'un boudin crevé dans un plat.

Aussi penaut qu'un chat qu'on chastre , Il demeure dans son emplastre , Comme en sa cocque un limaçon. En vain d'arrasser il essaye ; Encordé comme une lampraye, Il obéit au caveçon.

Une salive mordicante De sa narine distillante L'ulcère si fort par dedans , Que , crachant l'humeur qui le picque , 11 bave comme un pulmonique Qui tient la mort entre ses dents.

Ha ! que cette humeur languissante Du temps jadis est différente , Quand brave , courageux et chaud , Tout passoit au fil de sa rage , N'estant si jeune pucelage Qu'il n'enfilast de prime assaut !

Appollon , dès mon asge tendre , Poussé du courage d'apprendi-e Auprès du ruisseau parnassin , Si je t'invoquay pour poète, Ores , en ma douleur secrette , Je t'invoque pour médecin.

Severe roy des destinées , Mesureur des vites années , Cœur du monde , œil du firmament , Toy qui présides à la vie , Guery mon cas , je te supplie , Et le conduis à sauvement.

33o POÉSIES

Pour recompense , dans ton temple Servant de mémorable exemple Aux jousteurs qui viendi'ont après , J'appendray la mesme figure De mon cas malade en peinture , Ombragé d'acbe et de cyprès.

DISCOURS d'une vieille maquerelle

hilon , en t'ayant irrité , Je m'en suis allé despité , Voire aussi remply de colère Qu'un voleur qu'on mené en galère,

Dans un lieu de mauvais renom ,

Où jamais femme n'a dit non:

Et là je ne vis que Thostesse ;

Ce qui redoubla ma tristesse ,

Mon amy , car j'avois pour lors

Beaucoup de graine dans le coi'ps.

Ceste vielle, branlant la teste ,

Me dit : Excusez , c'est la feste

Qui fait que l'on ne trouve rien ;

Car tout le monde est gens de bien :

Et si j'ay promis en mon ame

Qu'à ce jour, pour n'entrer en blasme^

Ce péché ne seroit commis ;

Mais vous estes de nos amis

Parmanenda je le vous jure :

Il faut, pour ne vous faire injure ,

DIVERSES. 33i

Après mesme avoir eu le soin De venir chez nous de si loin , Que ma chambrière j 'envoyé Jusques à TEscu de Savoye : Là , mon amy , tout d'un plein saut , On trouvera ce qu'il vous faut.

Que j'ayme les hommes de plume !

Quand je les vois mon cœur s'allume.

Autrefois je parlois latin.

Discourons un peu du destin :

Peut-il forcer les prophéties ?

Les pourceaux ont-ils deux vessies ?

Dites-nous quel auteur escrist La naissance de l'Antéchrist.

0 le grand homme que Virgile !

11 me souvient de l'évangile Que le prestre a dit aujourd'huy.

Mais vous prenez beaucoup d'ennuy.

Ma servante est un peu tardive; Si faut-il vrayment qu'elle arrive Dans un bon quart d'heure d'icy :

Elle me sert tousjours ainsi.

En attendant prenez un siège Vos escarpins n'ont point de liège !

Vostre collet fait un beau tour !

A la guerre de Montcontour On ne portoit point de rotonde.

Vous ne voulez pas qu'on vous tonde ?

Les choses longs sont de saison.

Je fus autrefois de maison , Docte , bien parlante et habile , Autant que fille de la ville :

Je me faisois bien decroter ; Et nul ne m'entendoil peter

Que ce ne fust dedans ma chambre.

J 'a vois toujours un collier d'ambre , Des gands neufs, des souliers noircis J'eusse peu captiver Narcis.

Mais hélas ! estant ainsi belle, Je ne fus pas longtemps pucelle.

Un chevalier d'autorité Acheta ma virginité ; Et depuis, avccq' une drogue , Ma mère , qui faisoit la rogue Quand on me parloit de cela , En trois jours me rempucela.

J'estois faite à son badinage Après , pour servir au ménage , Un prélat me voulut avoir :

Son argent me mit en devoir De le servir et de luy plaire:

Toute peine requiert salaire.

Puis après voyant en effet Mon pucelage tout refait, Ma mère, en son mestier sçavante , Me mit une autre fois en vente ; Si bien qu'un jeune trésorier Fut le troisième aventurier Qui fit bouillir nostre marmite.

J'appris autrefois d'un hermite Tenu pour un sçavant parleur , Qu'on peut desrober un voleur Sans se charger la conscience.

Dieu m'a donné ceste science.

Cet homme, aussi riche que laid , Me fit espouser son valet , Un bon sot qui se nommoit Biaise.

Je ne fus oncq' tant à mon aise,

Qu'à l'heure que ce gros manant

AUoit les restes butinant ,

Non pas seulement de son maistre ,

Mais du chevalier et du prestre.

De ce costé j'eus mille francs ;

Et j'avois jà , depuis deux ans ,

Avecq' ma petite pratique ,

Gagne de quoy lever boutique

De cabaret à Montléry ,

Oii nasquit mon pauvre mary.

Hélas ! que c'estoit un bon homme !

Il avoit esté jusqu'à Rome ;

Il chantoit comme un rossignol ;

Il sçavoit parler espagnol.

Il ne recevoit point d'escornes ;

Car il ne portoit pas les cornes

Depuis qu'avecques lui je fus.

Il avoit les membres touffus :

Le poil est un signe de force ,

Et ce signe a beaucoup d'amorce

Parmy les femmes du mestier.

Il estoit bon arbalestier :

Sa cuisse estoit de belle marge ;

Il avoit l'espaule bien large ;

Il estoit ferme de roi gnons ,

Non comme ces petits mignons

Qui font de la saincte Nitouche ;

Âussi-tost que leur doigt vous touche ,

Ils n'osent pousser qu'à demy :

Celui-là poussoit en amy ,

Et n'avoit ny muscle ny veine

Qui ne poussast sans prendi'e haleine ;

Mais tant et tant il a poussé ,

Qu^en poussant il est trespassé.

Soudain que son corps fut en terre , L'enfant Amour me fit la guerre ; De façon que , pour mon amant , Je pris un basteleur Normant , Lequel me donna la vérole ; Puis luy prestay , sur sa parole , Avant que je cognusse rien A son mal , presque tout mon bien.

Maintenant nul de moy n'a cure ; Je fleschis aux loix de nature ; Je suis aussi sèche qu'un os ; Je ferois peur aux huguenots En me voyant ainsi ridée Sans dents , et la gorge bridée, S'ils ne mettoient nos visions Au rang de leurs dérisions.

Je suis vendeuse de chandelles :

Il ne s'en voit point de fidelles En leur estât , comme je suis ; Je cognois bien ce que je puis.

Je ne puis aymer la jeunesse Qui veut avoir trop de finesse ; Car les plus fines de la cour Ne me cachent point leur amour.

Telle va souvent à l'église , De qui je cognois la feintise ; Telle qui veut son fait nier Dit que c'est pour communier ; Mais la chose m'est indiquée :

C'est pour estre communiquée A ses amys par mon moyen , Comme Hélène fit au Troyen.

Quand la vieille, sans nulle honte, M'eut achevé son petit conte ,

Un commissaire illec passa, Un sergent la porte poussa.

Sans attendre la chambrière , Je sortis par l'huis de derrière , Et m'en aUay chez le voisin , Moitié figue , moitié raisin , N'ayant ny tristesse ny joye De n'avoir point trouvé la proye.

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