‹ Œuvres complètes. Avec les notes de MM. Parseval-Grandmaison, de Féletz, de Choiseul-Gouffier, Aimé-Martin, Descuret, etcChapitre 186 sur 411 · LIVRE XI · texte numérisé non relu

LIVRE XI

Elle offroit en Iriomphe à son père cnchanlé, On la grue au long bec, ou le cygne argenté. Jusqu'au fond des déserts où mes soins la cachèrent , Les plus nobles Toscans en vain la recherchèrent : Préférant à ces nœuds la liberté des bois, Sa rebelle pudeur n'obéit qu'à mes lois. Mais combien je la plains ! qu'à regret ma tendresse A ces sanglants combats voit voler sa jeunesse ! Hélas! j'aurois voulu que, chère à mon amour, De ses chastes attraits elle embellît ma cour : Vain espoir ! elle touche à son heure dernière. Pars donc , vole , et descends sur ton aile légère Aux lieux où les Latins , dévoués au trépas , Sous un sinistre augure avancent aux combats. Mais avant prends toi-même en mon carquois fidèle Le trait qui doit venger sa blessure mortelle ; Et malheur au guerrier dont la coupable main De son fer sacrilège aura percé son sein ! Troycn, Latin, n'importe, il expiera son crime; Et moi, dans im nuage enlevant la victime. Je veux que son beau corps , ses traits victorieux , Soient, avec son tombeau , rendus à ses aïeux. » Elle dit : autour d'elle Opis roule un nuage, Part d'un vol plus bruyant et plus prompt que l'orage.

Mais déjà les Troyens et les braves Toscans , Pour attaquer Laurente , ont déployé leurs rangs ; Ils marchent : le coursier de sa tète hautaine Bat l'air, ronge le frein, et bondit dans la plaine; Les champs sont hérissés d'une moisson de fer, Et chaque javelot fait partir un éclair. Et Messape, et Coras et son valeureux frère, Et la chaste Camille et sa troupe légère , Se présentent ensemble. On voit de toutes parts Et s'alonger la lance, et s'agiter les dards ; Sous les pas des guerriers les plaines retentissent,

58o Strymoniamque gruem , aut album dejecit olorem. Mulli-e illam frustra Tyrrhcna pcr oppida maires Optavcre nurum : sola contenta Diana , jEternura telonim et virginitalis araorcm Interaerata colit : vellcm liaiid conrcpta fuisset Militia tali, conata kcesserc Tcucros; Cara milii comitumque foret mine una mcarum. Verum âge, quandoquidem fatis urgetnr acerbis, Labere, iiympha, polo, finisque invise Latinos, Tristis ubi infauslo conmittitiir ominc pugna.

'•9° Haee cape et ultricem pharctra deprome sagitlam : Hac, quicumqiie sacrum violarit volnere corpus, Tros Italusve, mihi pariter det sanguine pœnas. Post ego nube cava miseracd.ne corpus et arma Inspoliata feram tumulo , patriaeque reponam. » Dixit : at illa levis cœli delapsa per auras Insonuit, nigro circumdata turbine corpus.

At manus interea mûris Trojana propinqnat, Etruscique duces, equitumque exercitus nmnis; Conpositi numéro in turmas : frémit a?quore toto

"•oo lusultans sonipes, et pressis pugnat babenis Hue observus et hue; tum late ferreus bastis Horret ager, campique armis sublimibus ardent. Nec non Messapus contra, celeresqne Latini, Et cura fratre Coras, et Virginia ala Camillae,

El soldats et coursiers de colère frémissent.

Enfin, à la distance où le trait peut porter.

Les partis ennemis viennent de s'arrêter ;

On s'écrie, on s'élance; et d'un essor rapide

Chacun pousse eu avant son coursier intrépide.

Plus pressés que la neige au retour des hivers.

Des nuages de traits ont obscurci les airs.

Le terrible Acontès sur Tyrrhène s'élance;

Contre lui ce rival a dirigé sa lance;

Ils parlent, et soudain leurs coursiers indomptés

Se heurtent à grand bruit, l'un vers l'autre emportés ,

L'air en gronde ; et , frappé du choc épouvantable ,

Acontès expirant va tomber sur le sable.

L'épouvante aussitôt saisit les coinballanis :

Les Latins consternés abandonnent leurs rangs;

Et, sous leurs boucliers rcjelés en arrière,

Ils évitent du fer l'alleinte meurtrière.

Le Troyen les poursuit, et le brave Asylas

Jusque sous leurs remparts a poussé leurs soldats.

Les Latins, à leur tour, rappelant leur courage.

Retournent leurs coursiers avec des cris de rage,

Et pressent de nouveau l'ennemi qui s'enfuit.

Le vainqueur s'épouvante , cl le vaincu poursuit :

Le sort balance entre eux la défaite et la gloire.

Le courage et la peur, la fuite et la victoire.

Tels, dans leur flux rapide et leur bruyant rellux ,

Se balancent des mers les (lois irrésolus ;

Tantôt, sur les rochers que son écume inonde,

L'Océan courroucé, précipitant son onde.

Couvre en grondant ses bords ; tantôt, dans son bassin

Reportant les cailloux qu'avoil vomis son sein,

Il ramène sur lui ses ondes fugitives :

Tels , poussant des Latins les cohortes craintives ,

Les Troyens à grands Ilots inondoient les sillons,

Et tantôt replioient leurs foibles bataillons.

Adversi campo adparent, hastasque reductis Protcndunt longe dextris, et spicula vibrant; Adventnsque virum , fremitusque ardescit cquorum. Jamque intra jactum teli progressus uterque Substiterat : subito crumpunt claraore, frementisqiie

C'" Exiiortantur equos; l'unduut simul undique tela Crebra nivis ritu, cœlumque obtexitur umbra. Coutinuo advcrsis Tyrrhcnus et acer Aconteus Connixi incurrunt bastis, primique ruinam Dant sonilu ingenti, perfractaque quadrupedantuni Pectora pcctoribus rumpunt : excussus Aconteus, Fulminis in morcm , aut tormento ponderis acti, PraEci|)itat longe, et vitam dispergil in auras. Extcraplo turbatse acies, versique Latini Rcjiciunt parraas, et equos ad mœnia vertunt.

620 Trocs agunt : princeps turmas inducit Asvlas. Jamque propinquabant portis, rursusque Latini Clamorera tollunt, et mollia colla reflectunt : Hi fugiunt , pcnitusque datis referuntur habenis. Qualis ubl alterno procurrens gurgile pontus ^unc mit ad terras, scopulosque superjacit undam Spumeus, cxtrcmamque sinu perfundit areuam : Kunc rapidus rétro, atque aestu revoluta résorbons Saxa fugil, litusquc vado labente relinquit. Bis Tusci Rutuloa egere ud mœnia versos;

Mais sitôt qu'on a vu de l'une et l'autre armée, Dans son troisième choc encor plus animée, Une égale fureur confondre les soldais ; Que chacun de plus près porle ou craint le trépas, Alors on n'enlend plus dans ce vaste carnage Que l'accenl de la mort et le cri de la rage; Armes, soldais, coursiers, confusément épars. Dans des torrents de sang roulent de toutes paris ; Par-tout en même temps on s'attaque, on se choque.

Sur le fier Rémulus fond le jeune Orsiloque ; Mais, au lieu du héros, attaquant son coursier, De son dard sous l'oreille il enfonce l'acier. A peine il a senti la pointe pénétrante. Le quadrupède allier, que la douleur tourmeule. Sur ses jarrets nerveux avec force appuyés , Se redresse en fureur, et hal l'air de ses pieds : Son maîire renversé roule sur la poussière, lole sous Calille a perdu la lumière.

Fier de son vaste corps, de sa haute valeur. Sans craindre le danger, sans prévoir son malheur. De ce même guerrier, avide de carnage, Le hrave Herminius ose affronter la rage; L'airain ne couvre point l'or de ses cheveux blonds ; L'épaule découverte, au fer des balaiilous L'audacieux géant s'expose sans arnuire.

Le fougueux Catillus d'ime horrible blessure Atteint son laige dos ; le trait élincelant Se plonge dans son corps, et s'arrête en Ircmblaut. Le brave, celle fois oubiiaut son coiuage. S'est courl>é de douleur, et s'est loi'du de rage. On se mêle; chacun brigue un noble trépas, El dans un combat seul s'engagent cent combats.

L'amazone sur-tout, signalant son courage, Triomphe, et s'applaudil au milieu du carnage : Un carquois sur l'épaule , un sein nu , l'œil brûlant , Tantôt de traits légers cpi'elle darde en volant Poursuit les Phrygiens; lanlôt, plus redoutable,

«3o Bis rcjccti armis respectant terga tcgcntcs. Tertia sed postquaiii congrcssi in prœlia, totas Inplicuere iuter se acies, legitque viruin vir, Tiim vero et gemitiis moriciitiim, et sanguine in alto Aimaque, corporaque, et peniiixti c;ïde viionim Scmianinacs volvuntui- equi; pugna asj)cra surgit.

Orsilocluis Remuli, quando ipsum liorrebat adiré, Hastara intorsit equo, ferruinque sub aure rcliquit : Qiio soiiipcs ictii lurit aiduiis, altaque jactat, Volneris inpatieiis adrerto pectore cruia.

640 Volvitur ille excussus hiuni. Catilhis lolan ,

Ingenteinque aniiuis, ingcntein corporc et armis, Dejicit lleriiiinium; nudo cui verticc fulva Caesaries, nudiquc humeri; ncc volnera terrent; Tautus in arnja palet : latos luiic liasla pcr arraos Acta treiiiit, duplicatque virutu translixa dolore. Funditur ater ubique cruor : dant iiinera fcrro Certautes; pukhraïuque petunt per volnera mortein.

At médias inter cèdes cxsultal Amazon, Unum exserla latus pngniB, pb-iretrata Camilla;

"50 Et nunc Icnta manu spargens hastilia denset; Nuuc validam dextra rapit indefessa bipennem. Aureus ex huraero sonat arcus, et arraa Dianse.

Arme d'un fer tranchant sa main infatigable ;

Sur son dos retentit le céleste carquois,

Plein des trails dont l'arma la déesse des bois ;

Tanlôl , quand des vainqueurs ardents à sa poursuite

La force inévitable a décidé sa fuite ,

Terrible elle se tourne, et d'un bras foudroyant

Leur porte l'épouvante, et triomphe en fuyant.

Avec la même ardeur vole et combat près d'elle

De ses vaillantes sœurs une troupe fidèle,

Appui de sa valeur, ame de ses projets,

Son escorte aux combats , son conseil dans la paix ;

C'est TuUa, c'est Larine, et toi, jeune Tarpée,

Dont la hache est de sang incessamment trempée.

Tel , lorsqu'aux champs de Thrace , aux bords du Ther-

Hippolyte conduit son brillant escadron; [modon,

Ou lorsque sur son char, traversant la mêlée.

Une lance à la main vole Penihcsilée,

Soudain s'élance, armé de son léger croissant,

Des héros de son sexe un essaim frémissant,

Qui, frappant à grand bruit ses armes colorées.

Hurle son chant barbare aux monts hyperborées :

Les monts, les bois, les eaux, répondent à leurs voix.

Quel trépas le premier signale tes exploits.

Quel héros le dernier expire la viclinie,

O guerrière intrépide, ô nymphe magnanime ?

O dieux ! combien de morts entassés par ton bras !

Funéus le premier a reçu le trépas.

Ce fils de Clytius, digne de sa naissance,

Dans son corps traversé reçoit ta longue lance :

Il tombe, et, sur la terre en vain se déballant.

De rage mord la poudre, et roule dans son sang.

DeiLx guerriers à leur tour sont couches sur ces plaines;

De son coursier blessé l'un reprenoit les rênes ,

Liris étoit son nom ; Pagasus près de lui

De son bras désarmé lui présenloit l'appui :

Tous deux tombent frappés par la nymphe guerrière.

Ajnastre à côté d'eux termine sa cairière.

llla ctiam, si quando in tergum puisa recessit , Spicula converso fugicntia dirigit arcu.

At circum lectae comités, Larinaque virgo, Tullaque, et icratiun quatiens Tarpeia securim, Italides; qnas ipsa dccus slbi dia Camdla Dclpgit , pacisque bonas belliquc ministras. Qiiales Threiciœ quum flumina Tbermodontis

•><» Puisant, et pictis bellantur Amazones armis;

Scu cireuni Hippolyten , seu q-uuin se Martia ciirru Pcnthesilea refert, magnoque ululante tumultu Feminea exsultant luuatis agniina pcltis. Quem telo primum, quera postremum, aspera virgo, Dejicis? aut quot liumi raorientia corpora fundis? Euna'um Clvtlo primum pâtre; cujus apertum Advcrsi longa transverberat abiete pectus. Sanguinis ille vomcns rivos cadit, atque eruentam ■Mandit iiumum, nioriensque suo se in volnere versât.

t*:" Tum Lirim , Pagasumque super : quorum aller habenas Suffosso revolutus eqiio dum conligit, aller Dum subit, ac dextrnm labenti lendit inerraem, Pra-cipites parilerqne ruuot : bis addit Amastrum Ili|>poladen; sequilurque incumbcns ciiiinus liasta Tercaquc, Harpalycumque, etUcraoplioonta.airomimquc

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