‹ Œuvres complètes. Avec les notes de MM. Parseval-Grandmaison, de Féletz, de Choiseul-Gouffier, Aimé-Martin, Descuret, etcChapitre 240 sur 411 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

Son porf est assuré, noble est sa contenance. Il marche ; sans le voir, le chérubin l'entend : Averti par l'oreille, il se tourne à l'inslaut. L'archange d'Uriel reconnoit le visage; tJriel , que jadis plus d'un noble message Honora dans les cieux; le brillant Uriel, L'un des sept séraphins qui , devant l'Éternel , D'un regard attentif, d'une oreille exercée, Dans un mot, un clin d'œil, devinent sa pensée; Et de la cour céleste au séjour des humains Courent exécuter ses ordres souverains, VojTigent sur la terre ou s'élancent sur l'onde, Et des décrets du ciel avertissent le monde.

<c Chérubin, dit Satan , ton nom est Uriel : Je te connois; je vois ce messager du ciel Dont Dieu même empnmtoit les yeux et les oreilles; Qui proclame ses lois , annonce ses merveilles ; Et même , en ce moment , ambassadeur de Dieu , Peut-être il t'envoya vers ce monde de feu. Moi , simple voyageur dans ces nouvelles plages , Heureux , je viens jouir de ses nouveaux ouvrages. L'homme, de ses travaux le plus cher à ses yeux. L'homme excite sur-tout mon désir curieux; C'est pour lui qu'il créa cette voûte azurée; Pour lui j'ai quitté seul les champs de l'empyrée. O ijrillanl séraphin , guide mes pas errants : Enseigne-moi, parmi ces mondes différents. Lequel habite l'homme, ou si, changeant d'asile. Chaque orbe tour-à-tour devient son domicile; Qu'en voyant les heureux que l'Eternel a faits. Je l'admire en silence, ou chante ses bienfaits. Touché de son amour , frappé de sa puissance ,

Bcfore his décent steps a silver wand,

He drew not nigh unheard; the angel briglit.

Ere he drew nigh, his radiant visage turu'd,

Admonish'd by his car, and straight was known

The arch-angcl Uriel , one of the seven

Who in God's présence, nearcst to liis throne,

KSo Stand ready at command , and are his eycs

That run through ail the heavens, or down to the' earth Bear his swift errands over raoist and dry, O'er sea and land : him Satan thus accosts :

« Uriel, for tliou of those seven Spirits, that staad In sight of God's high throne, gloriousiy bright, The first art wont his great authcntic will Interpréter through highest Heaven to bring; Where ail his sons tliy embassy attend; And hère art likeliest by suprême decree .6Co Lilie lionour to obtain, and as his eye To visit oft this new création round; Unspeakablc désire to see, and know AH thèse his wondrous works; but chiefly Man, His chief delight and faveur, him for whom AU thèse his works so wondrous he ordain'd, Hatli brought me from the quires of Cherubira Alone thus wandering. Brightest Seraph, tell In which of ail thèse shining orbs hath Man His fixcd seat, or fixed seat hath none,

^'i° lîut ail tbese shining orbs his choice to dwell; Tliat 1 may find him , and with secret gaze Or opeii admiration him behold.

Trop heureux qui, pour lui plein de reconnoissance ,

Peut l'honorer dans l'homme en ce vaste univers.

Dans le palais des cieux , an gouffre des enfers ,

Des anges révoltés la demeure éternelle !

Sans doute à remplacer leur race criminelle

Il a destiné l'homme; et le ciel réparé

Nous verra plus heureux, et lui mieux adoré.

Son règne est toujours juste, et sa loi toujours sage. »

De ce faux séraphin tel est le faux langage. Uriel est trompé : trop pardoimable erreur ! Quel ange ou quel mortel peut lire au fond du cœur .•• L'œil de Dieu le peut seul ; mais souvent sa puissance Laisse errer dans la nuit l'hypocrite licence , Et par sa volonté , du moins par son aveu , Elle parcourt la terre, entre dans le saint lieu. Hélas ! c'est vainement que la sagesse veille ! Trop souvent le soupçon à sa porte sommeille; Et, follement tranquille en sa sécurité Abandonne son poste à la simplicité; A la simplicité, dont la bonté crédule Trouve un air d'innocence au mal qu'on dissimule. Tel est son sort : tel fut le destin d'Uriel ; Lui , le plus clairvoyant des mùiisti'es du ciel ! De son cœur généreux écoutant la droiture. Sa franchise, en ces mots, répond à l'imposture :

« Quand une noble ardeur t'amène dans ce lieu , Pour voir, pour adorer les chefs-d'œuvre de Dieu, Je ne puis te blâmer, ô le plus beau des anges! Non, ton zèle plutôt mérite mes louanges, O toi qui, t'arrachant aux délices du ciel. Viens dans ces lieux lointains admirer l'Eternel , Et savoir par tes yeux ce que d'autres peut-être.

On whora the great Creator hath bestow'd Worlds, and on whora hath ail thèse grâces pour'd; That botb in hira and ail things, as is meet, The universal Maker we may praise; Who juslly hath driven ont his rebel focs To deepest Hell , and , to repair that loss , Created this new happy race of Men ,

68° To serve hira better : wise are ail his ways ! » So spake the false disserabler unpcrceiv'd; For neither man nor angel can discern Hypocrisy; the only evil that walks Invisible, except to God alone, By his permissive will , through Heaven and Earth : And oft, though Wisdom wake, Suspicion sieeps At Wisdom's gâte, and to Simplicity Resigns her charge, while Goodness thinks no ill "Where no ill sccms : which now for once bcguil'd

G'J" Uriel , though régent of the Sun , and held The sharpest-sighted Spirit of ail in Heaven : Who to the fraudulcnt impostor foui.

In his uprightness, answer thus return'd.

« Pair angel, thy désire, which tends to know The Works of God, thereby to glorify The great Work-master, leads to no excess That reaches blamc, but rather raerits praise Tlie more it seems excess, tliat Icd thee hithcr From thy empyreal mansion thus alone :

700 To witncss with thine eyes what sorae perhaps, Conteuted witli report, hear only' iu Heaven.

Sans s'exiler du ciel, pourronl bieiilôl conuoîlre.

Qu'il est bon , qu'il est grand dans ses nobles travaux ,

Celui qui donne l'être à ces mondes nouveaux!

Qu'il est doux de les voir, d'en garder la mémoire!

Mais qui pourra compter ces témoins de sa gloire ?

Et combien sa sagesse éclate en ses bienfaits.

Dont il cache la cause et montre les effets !

Moi-même en fus témoin , lorsque la masse immense ,

Informe et brute encor, parut en sa présence.

Le chaos l'entendit; à sa puissante voix,

L'abîme en mugissant obéit à ses lois.

Mais la nuit s'étendoit sur la nature entière;

Dieu dit : Que le jour luise ! Il dit, tout fut lumière;

L'ordre naquit du trouble ; on vit chaque élément

A son poste marqué courir docilement :

Chacun selon son poids , l'air , l'eau , le feu , la terre ,

A leur place arrêtés, suspendirent leur guerre:

Chacun eut son empire, et chacun son emploi;

Ils marchent , asservis à leur constante loi.

Le reste, dans l'espace en poursuivant sa route,

Courut d'un mur solide environner la voûte.

Vois ces champs azurés , que des rayons si doux

D'une pâle lueur éclairent près de nous ;

C'est la terre qui roule , à sa marche fidèle :

Ce feu n'est pas le sien, mais il brille pour elle;

Sans lui, cet hémisphère, où le foible jour luit,

Comme l'autre moitié l'eUtreroit dans la nuit.

Mais ce point lumineux , la lune (ainsi se nomme

Cet astre consolant et si propice à l'homme) ,

De ses feux empruntés lui prèle les secours.

C'est elle qui des mois lui mesure le cours :

Toujours renouvelée et toujours décroissante ,

Elle change trois fois sa figure inconslante;

Et, recouvrant ses feux dans son tour diligent,

Elle chasse la nuit , de son sceptre d'argent.

For wonderful indccd are ail his works,

Pleasant to know, and wortliiest lo be ail

Had in remembrance always with deligbt;

Bnt wliat created raind can comprehend

Tlieir nunibcr, or tbe wisdom infinité

Tbat brouglit them i'orth , but hid their causes dccp ?

I saw when at his word tlic forralcss mass,

This world's material inould, came to a heap :

'«o Confusion heard bis voice, and wild uproar Stood rul'd, stood vast infinitudc confined; Till at his second bidding darkness fled, Light shone, and order from disordcr sprung : Swift to tbeir several quarters liasted then Tbe cambrons éléments, earth, flood, air, fire; And this etbcrial quiutcsscnce of Heavea Flew iipward, spirited with varions forms, Tbat roU'd orbicular, and turn'd to stars Numberless, as thou seest, and how tlicy move;

720 Each had bis place appointed, each his course; Tbe rest in circuit walls this universe. Look downward on tliat globe, whose bilber side With ligbt froin bcnce, tbuugb but reflected , shincs; Tbat place is earth, llie scat of Man; tbat light Ilis day, wliicb elsc , as tbe' other heniispliere, IVigbt would invade; but thcre tbe neigbbouring Moon ( So call that opposite fair star) hcr aid

Vois plus loin ce séjour peu vaste, mais fertile :

Là, des premiers humains est le riant asile;

Ces champs sont leur jardin , et ces bois leurs berceaux ;

Un facile chemin mène à ces lieux si beaux.

Pars : mon devoir ici demande ma présence. »

Il dit, et se détourne. En un profond silence. Le lier Satan s'incline; ainsi l'honneur des rangs Distingue dans les cieux les ordres différents. Utile et saint devoir , dont la douce puissance, Inspirant le respect, nourrit l'obéissance. Il part, vole, dans l'air trace un large sillon , Se roule vers la terre en brillant tourbillon ; Et ne s'arrête pas, dans l'ardeur qui l'anime, Que du pompeux Niphate il n'ait touché la cime.

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