‹ Œuvres complètes. Avec les notes de MM. Parseval-Grandmaison, de Féletz, de Choiseul-Gouffier, Aimé-Martin, Descuret, etcChapitre 319 sur 411 · LIVRE XI · texte numérisé non relu

LIVRE XI

Broufoicnt nonchalamment l'émail fleuri des herbes ; Ailleurs, remplissant l'air de sons harmonieux, Résonnoient le hautbois, le luth mélodieux. Un mortel paroissoit, qui, plus habile encore^ Laissoit errer sa main sur le clavier sonore; Un autre, de la harpe interrogeant la voix, Parcourt ses fils légers de ses rapides doigts; Il presse, il ralentit ses mesures savantes, Remonte , redescend ; et de ses mains brillantes , Variant, nuançant, entrelaçant les tons.

Forme, sans les confondre, un dédale de sons.

Ailleurs, le feu gémit dans la forge brûlante; Le marteau retentit sur l'enclume pesante, Et d'un noir forgeron l'infatigable main Dompte le fer rebelle et façonne l'airain ; Soit que, dans les vallons, sur le haut des montagnes Dévorant les forèls, ornement des campagnes. Le feu les ait fondus , et de ses noirs canaux , Par la bouche d'un autre, ait vomi ces métaux. Soit que, précipitant ses ondes souterraines , Un torrent ail lancé leur masse dans les plaines; Du liquide mêlai, dans des creux préparés. Coulent à gros bouillons les ruisseaux épurés : L'ouvrier a formé de leur lave durcie Le tranchant de la hache et la dent de la scie ; Leresie, façonné par un art tout nouveau, Est forgé dans les feux , sculpté par le ciseau.

Alors, de la montagne , une race plus belle Descend dans les vallons; ces hommes pleins de zèle, Par-tout des arts sacrés vont répandre le feu, Et l'amour des humains , et le culte de Dieu. Adam les suit de l'œil , quand de leurs riches tentes Sortent mille beautés de jeunesse éclatantes ;

Wcre tents of various hue; by some were berds Of cattle grazing; others, whence the sound Of instruments, that made melodious chiine, Was heard, of harp and organ; and wlio mov'd Thcir stops and cliords was seen; his volant toucli , Instinct throngh ail proportions, low and higli , FIcd and pursucd transverse the résonant fugue. j'iu In other part stood one who , at the forge Labouring, two massy clods of iron and brass Had luelted; (whcther fonnd where casual fire Had wasted woods on niountain or in vale, Down to the veins of earth; tlience gliding hot To some cavc's mouth ; or whcther wash'd by streani From underground;) the liquid ore he draio'd Into fit moulds prcpar'd, from wliich he formVi First his own lools; then, what might clse be wrought Fusile or graven in métal.

After thèse, '50 But on the bither side, a différent sort

From the high neighbouring bills, which was their se.it, Down to the plain descendcd : by thcir guise Just mcn they secm'd, and ail their study bent To worship God aright, and know his works INotbid; nor those things last, which might préserve Freedom and peace to men : they on the plain Long bad not walk'd, whcn from the tents, bchold! A bcvy of fair women, richly gay In gems and wantou drcss : to the' harp they sung

Leurs légers vêlements brillent de pourpre el d'or. Et leurs jeunes attraits les parent mieux encor. Elles dansoient en chœur, chanloient, touchoienl la lyre. Ravis à leur aspect, ces sages qu'on admire. Le désir dans le cœur, le feu dans les regards , Ont oublié les cieux, la nature et les arts. Soudain chacun choisit la beauté qui l'enflamme, Chacun au doux plaisir abandonne son ame , Jusqu'à l'heure où du soir brille l'astre amoureux. De leur rapide hymen l'amour hâte les nœuds ; L'hymen, déifié dans ces âges antiques.

Pour la première fois entendit des cantiques; Des banquets sont dressés; la flûte, le hautbois , Et le biuit de la danse et le concert des voix , Des époux fortunes célèbrent les conquêtes : Chaque couple est heureux , chaque tente a ses fêtes. En voyant leurs plaisirs , leurs folâtres ardeurs , Ces danses , ces banquets , ces lestons et ces fleurs , ( Des molles voluplés que ne peuvent les charmes ! ) Adam sent lout-à-coup dissiper ses alarmes.

'< O toi! par qui j'ai lu dans les secrets des cieux. Par quels rianis tableaux tu consoles mes yeux ! Ah ! mon cœur, dit Adam, se rouvre à l'espérance l Tu ne m'avois montré que terreur, que vengeance. Le trépas, la douleur plus horrible que lui; Mais enfin à mes yeux un jour plus doux a lui, Et du bonheur perdu je retrouve l'image. »

Le séraphin l'arrête, et lui tient ce langage : « O toi ! sans ton péché , de ce Dieu qui t'a fait Le chef-d'œuvre sublime el le brillant portrait , Crains à ces faux dehors de te laisser séduire ! Ces asiles si doux de l'amoureux délire, Des chants harmonieux, des molles voluptés,

^^° Soft araoroiis dilties, and in dance came on:

The men, tbough grave, ey'd them; and let their ey es

Rove without rein; tiil, in the amorous net

Fast caught, they lik'd; and eacli his liking chose:

And now of love they treat, till the' evening-star

Love's barbinger, appear'd ; then ail in beat

They light the nuptial torch, and bid invoke

Hymen, then first to marriage-rites invok'd :

With feasl and music ail the tents resound.

Sucb bappy intcsview, and fair event

^T'^ Of love and youth not lost, songs , garlands, flowers And cbarming symphonies, attach'd the heart Of Adam, soon inclin'd to' admit delight, The bent of nature : which be thus cxpress'd :

« True opener of mine eyes, prime angel blest; Mucb better seems this vision , and more hope Of peacefui days portends, than those two past; Those were of hâte and death, or pain much worse : Ilere nature seems fulfill'd in ail her ends. »

To whom thus Michacl: «Judge not what is best

5'o By pleasure, though to nature seeming mect; Crcatcd, as thou art, to nobler end, Holy and pure, conformity divine!

Those tents thou saw'st so pleasant , were the tents Of wickedoess, whcrein shall dwell bis race Who slew his brother; studious they appear Of arts that polish life, inventors rare; UnmindfuI of their Maker, thougli his spirit

PARADIS PERDU

Par le vice el le crime ils seront habités ;

Là, doivent naître un jonr des morlels sanguinaires,

Qui souilleront leur main du menrire de leurs frères.

Les beaux-arts, il est vrai, délices des humains,

Seront l'ouvrage heureu.v de leurs savanles mains ;

Mais de leur loi orgueil l'aveugle ingratitude,

Des dons brillants du ciel, rendra grâce à l'élude;

Et, craignant d'un bienfait l'humiliant aveu.

Saura tout, excepté ce qu'elle doit à Dieu.

La beauté cependant distinguera leur race;

Ces femmes (|ue lu vois si brillantes de grâce,

Dont les amis de Dieu font leurs divinités ,

Dédaignant de l'hymen les chastes voluptés.

Au bonheur domestique, à ses paisibles scènes..

Préféreront l'éclat des vanités mondaines;

Pour elles embrasés d'un impudique feu ,

Ces sages, honorés du nom d'hommes de Dieu,

A leurs trompeurs attraits immoleront leur gloire;

Mais que de maux suivront cette indigne victoire ! "

Il dit; Adam gémit, et pleure amèrement, Replongé dans ses maux, le plaisir d'un moment. '< O houle! disoit-il, par quelle erreur funeste L'ami de la vertu , de son sentier céleste Détourne-t-il ses pas, lui qu'elle a su charmer ? Peut-on l'avoir connue, et ne la plus aimer .î> Ah! la femme a goûté le fruit illégitime, Hélas! et tous les maux sont sortis de son crime. »

« Cesse de l'accuser, répond l'hote du ciel : L'homme indocile et foible est-il moins criminel .■' Non; aux lois de son maître il dut être fidèle; Il se fil malheureux en devenant rebelle. Regarde maintenant un spectacle nouveau. »

Adam se tourne, el voit, dans un mouvant tableau, Le domaine des rois, leurs campagnes fertiles,

Taiight tliem; but they his gifts acknowledg'd uoue.

Yct tliey a beauteous oflspriug shall begel; 590 For that lair l'cmale troop tlioii saw'st, tliat scem'd

Of gnddesses, so blithc, so siuootli , so gay,

Yet cinpty of ail good wherein consists

Woniau's domcstic honour and cliief praise;

Bred only and complctcd to the taste

Of lustful appétence, to sing, to dance,

To dress, and troll ihc longue, and roi! llie eye.

To thèse tliat sober race of mon (wlîose lives

Religions, titicd thcm ihe sons of God),

Shall yield up ail tlicir virtiie, ail their famé 600 Ignobly, to ihc trains and to the smiles

Of thèse fair atheists; and now swiin in joy,

(Ere long to swira at large) and laugh ; l'or which

The world ère long a world of tears raust weep. » To whom ihus Adam, of short joy bereft:

« O pity' and shame, that they, who to live well

Enter'd so fair, should turn aside to tread

Paths indirect, or in the mid way faint !

But still I sec the ténor of raan's woe

Holds on the same, froin womao to begin. » 6io <c From man's effeminate slackncss it begins,

(Said the' angcl), who shonld better hold his place

By wisdom , and supcrior gifts receiv'd.

But now prépare thec for another scène. » Hc look'd, and saw wide lerritory sprcad

La hauteur de leurs tours, la pompe de leurs villes;

Des princes , des héros , par la fureur armés ;

Leur taille est gigantesque, cl leurs yeux enflammés.

Les uns lancent des traits; de leur coursier farouche

D'autres guident la fougue el gourmandenl la bouche ;

Cavaliers, fantassins, s'élancenl au combat;

Là , lutte corps à corps soldat contre soldat;

Ici , des rangs pressés la file se déploie.

Cependant des guerriers, pleins d'une horrible joie,

En triomphe amenoient de superbes taureaux ,

De limides brebis, el leurs jeunes agneaux,

Qui, ravis par la force aux campagnes fleuries,

Se plaignoieul , en bêlant, de quitter leurs prairies.

Les bergers en fuyant jettent des cris affreux :

On vole à leur secours ; les deux partis entre eux

Engagent la mêlée; on attaque, on repousse;

Ces prés, dont les troupeaux fouloient en paix la mousse,

Se couvrent de débris , de corps ensanglantés ,

Et n'offrent qu'un désert aux yeux épouvantés.

Un siège affreux succède à l'horreur des batailles;

Les uns, l'échelle en main, menacent les murailles;

D'autres vont, s'avançanl par des chemins obscurs;

El du bélier tonnant d'autres battent les murs.

L'assiégé se défend , fait pleuvoir sur leur têle

De pierres et de traits une horrible tempête,

Et, du haut des remparts, un torrent sulfm'eux

Inonde l'ennemi d'un déluge de feux ;

Des deux côtés la mort , des deux côtés la rage.

Cependant des hérauts graves, blanchis par l'âge,

Aux portes de la ville, un sceptre dans la main,

S'assemblent en conseil ; un belliqueux essaim

Se joint à ces vieillards; on parle, on délibère.

Quand tout-à-coup rugit la fureur populaire.

Un sage alors paroîl, dont la maturité

Bcfore him, tovvns and rural works hetwceu; C.ities of raen wilh lofty gâtes and lowers, Coneourse in arnis, fierce faces threatening war, Giants of niigbty bone, and bold emprise; Part wield their arms, part curh the foaming sleed .

620 Single or in array of baille, rang'd

Both horse and foot, nor idiy mustering stood; One way a band sélect from forage di ives A herd of beeves, fair oxen and fair kine, From a fat meadow-ground; or fleeey flock, Ewes and their bleating lambs over the plain, Their buoly ; scarce with life the shepherds fly. But call in aid, wliiih niakes a bloody fray; With cruel tournanicnt the squadrons join ; Where caille paslur'd laie, now scattcr'd lies

63o With carcasses and arms the' ensauguin'd field, Dcserted : olhers to a city strong Lay siège, eucamp'd; by battery, scale, and mine, Assaulting; othcrs from the wall défend With dart and javelin, stones, and sulphurous fine; On each hand slaughler, and gigantic deeds. In other part the seepter'd heralds call To council , in the city-gates; anoa r.ray-headcd men and grave, wilh warriors niix'd. Assemble, and harangues are heard; butsooD,

^1" In factious opposition; till at last, Of raiddie âge one rising, eminent,

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