A UNE LETTRE DE M. D'ÉTAMPES
Le ciel a donc pour vous exaucé tous mes vœux ! Vous faites mon bonheur en voua disant heureux.
Sagement gai, jeunement sage, Loin de la grande ville, infernal paradis Où viennent se damner nos jeunes étourdis; Loin de l'urne où du sort l'éternel ballottage
Tire au hasard tant de différents lots. Les malheurs du génie et les succès des sots ; Possesseur fortuné d'un riant paysage.
Entre l'élude et le loisir,
Moitié travail, moitié plaisir, Vous savez de la vie assurer le voyage. Pour vous tout gîte est bon . tout ciel est sans nuage.
' Cette traduction fut un« des pièces lues à l'Académie française par l'abbé Delille, le 17 avril 1778, en présence de Voltaire, qui assistoil à cette séance : pendant la lecture, le vieux tcalade se rappeloit les vers de Pope, les comparoit à ceux du traducteur, et donnoit souvent la préférence à ceux-ci.
POESIES FUGITIVES
D'utiles passe-lemps , d'agréables labeurs ,
Des contes et des vers , vos enfants et vos fleurs :
Un espalier où la culture
Aide à corriger la nature ;
Dans la maison point de micmac; Le paisible échiquier, et le bruyant tricirac, Et l'ivoire arrondi qui va chercher la blouse ; De la gaieté sans bruit, de l'esprit sans efforts; A table autour de vous des esprits assez forts
Pour être treize, au lieu de douze; Un cercle peu nombreux, moins brillant qu'amical; Quelques gouttes d'Aï dans le tonneau du mal ;
Bons amis et bon voisinage; La foire du canton, la fête du village;
Quelques perdreaux tirés au vol;
Bien sans procès, Normands sans dol;
Des ouvriers qui vous conçoivent;
Des fermiers payant ce qu'ils doivent ; Le bon curé, passant en bonheur tous prélats.
Qui, dans sa charité féconde,
Après avoir en chaire exercé sa faconde,
Béni l'hymen, la vie et le trépas,
Chez les pauvres finit sa ronde;
Sait, en venant de l'autre monde, Causer tout bonnement des choses d'icL-bas;
De temps en temps un bal, où les musettes Font sauter en cadence et garçons et fillettes ;
Le journal et le bulletin , Avec le chocolat servis chaque matin; La lecture du soir, la douce causerie , Beaucoup de promenade, un peu de rêverie,
Quelques écrils intéressants, Quelques billets à des amis absents.
Les beaux-aris à Paris , aux champs le jardinage ,
Parfois un joyeux badinage.
Vous sauvent de l'ennui, triste enfant du dégoût.
Bénissez donc voire partage :
L'homme heureux est celui qui sait l'èlre par-tout.
EPITRE