‹ Œuvres complètes. Avec les notes de MM. Parseval-Grandmaison, de Féletz, de Choiseul-Gouffier, Aimé-Martin, Descuret, etcChapitre 398 sur 411 · PRONONCÉ A LA DISTRIBUTION DES PRIX DU COLLEGE D'AMIENS, EN · texte numérisé non relu

PRONONCÉ A LA DISTRIBUTION DES PRIX DU COLLEGE D'AMIENS, EN

Jamais peut-être on n'a parlé si souvent sur l'éducatiou qu'on le fait aujourd'hui. Chaque jour voit éclore sur cette imporlanle matière quelque nouveau paradoxe. Pour moi , au lieu d'imaginer un système sur ce sujet , je me contenterai de rappeler les anciens principes; au lieu d'inventer des erreurs nouvelles, je me bornerai à rappeler d'antiques vérités ; et peut-êlie mon discours n'en paroîlra que plus nouveau. Je me propose donc de faire valoir les avantages d'une éducation mâle et solide, et les dangers d'une éducation superficielle et efféminée. Quel sujet pourroit mieux convenir, et aux. auditeurs, je parle devant des pères et des mères de ce qui doit faire le bonheur de leurs enfants ; et à l'orateur , il est chargé par la confiance publique de ces gages précieux; et au lieu de l'assemblée , je parle dans l'asile même de l'éducation; et à la ville entière, elle est consacrée à l'utile profession du commerce ? Et quelle profession a plus besoin de cette éducation sévère, que celle qui est fondée sur une féconde économie , qui de tout temps a été l'amie de la simplicité des mœurs , et qui , eu répandant le luxe dans les états , le redoute pour elle-même ?

Dans un sujet si noble , je n'aurois point eu recours à ces divisions, dont la symétrie puérile semble moins imaginée pour soulager l'esprit de ceux qui écoutent, que pour étayer la foiblesse de celui qui parle, si ce sujet même ne m'en eût fourni une toute naturelle : mais puisque l'éducation a trois objets , le corps , l'esprit, le cœur, je suivrai ce partage nécessaire. Quelques personnes pourront trouver, dans les maximes de ce Discours, un excès de sévérité; mais à Dieu ne plaise (jue , pour éviter ce reproche , je manque à mon sujet. J'aime mieux m'entendre accuser d'avoir outré le vrai par zèle, que de m'entendre blâmer de l'avoir dissimulé par foiblesse. D'ailleurs, une réflexion me rassure; c'est que la vérité, qui, dans les cercles et les sociélés particulières, paroît si timide, souvent même si déplacée, reprend tout son ascendant et toute son autorité lorsqu'elle trouve les hommes réunis dans une nombreuse et respectable assemijlée. Que mercste-t-il donc à désirer, si ce n'est de pouvoir m'exprimer d'une manière digne el de mon sujet et de ceux qui m'entendent ?

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