‹ Œuvres complètes. Avec les notes de MM. Parseval-Grandmaison, de Féletz, de Choiseul-Gouffier, Aimé-Martin, Descuret, etcChapitre 40 sur 411 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

Sème l'orge 4î, le lin, les pavots nourrissants; Ne quitte point le soc : hàte-toi ; les tempêtes Vont verser les torrents suspendus sur nos têtes.

Sitôt que dans nos champs 4i Zéphire est de retour, On y sème la fevc; et quand l'astre du jour 44, Ouvrant dans le Taureau sa brillante carrière, Engloutit Sirius4S dans des ilôts de lumière, Les sillons amollis reçoivent les sainfoins. Et le millet doré 46 redemande tes soins.

Préfères-tu des blés, dont les gerbes flottantes Roulent au gré des vents leurs ondes jaunissantes ? Attends jusqu'au lever il de la Couronne d'or. Plusieurs jettent leurs grains quand Maïa luit encor : Mais la terre à regret reçoit celte semence. Et de maigres épis trompent leur espérance. La faisole à tes soins a-t-elle quelque part ? Jusqu'à l'humble lentille abaisses-tu ton art ? Attends que daus les cieux 4* disparoisse l'Arcture, Et poursuis jusqu'au temps oii règne la froidure.

Pour régler nos travaux, pour marquer les saisons, L'art divisa du ciel les vastes régions. Soleil, ame du monde, océan de lumière, Douze astres différents partagent ta carrière. C;inq zones 49 de l'oljinpe embrassent le contour : L'une des feux brûlants est l'aride séjour; Deux autres, qu'en tout temps attriste la froidure, Des deux pôles glacés ont formé la ceinture : Mais entre ces glaçons et ces feux éternels. Deux autres ont reçu les malheureux mortels ; Et dans son cours brillant bernent l'oblique voie Où du dieu des saisons la marche se déploie.

Le globe vers le nord 5o hérissé de frimas

Tcmpiis humo légère, et jamdudiim inciimberc aralris, Dum sicca tellure licet, dum iiubila pendent.

Vere labis satio : tum le quoqiie, medica, piilres Accipiunt sulci, et milio venit annua cura, Candidus auratis aperit quum cornibus annunn Taurus, et adverso cedens Canis occidit astio. Al si triticeam in messem robustaque farra '^o Exerccbis humum, solisque instabis aristis; Anle tibi Eoae Allantides abscondanlur, Gnosiaque ardentis decedat Stella Coronae , Débita qiiam sulcis commillas semina, quamque Invitœ properes anui spem credere lerrï. Multi ante occasum Mais cœpcre; sed illos Exspectata seges vanis clusit aristis.

Si vero viciamque seres vilcmque faselum, Nec Pelusiaca; curam aspcrnabere lentis; Haud obscure cadens mittet libi signa Bootes. 2^0 Incipe, et ad médias sementem extende pruiuas. Idcirco certis dimensum partibus orbera Per duodena régit mundi sol aureus astra. Quinque tenent cœlum zonae, quarum una corusco Senjper sole rubens, et torrida semper ab igni; Quam circum exlremje dextra laevaque trabiinlur, Caerulea glacie concreta; atque imbribus atris. lias inler raedianjque duse œortalibus œgris Muncre concessae divum, via secta per ambas , Obliquus qua se signorum verterel ordo. 2<" Mundiis, ul ad Scytbiam Rliipœasque arduus arecs Consurgit, preniitur Libyte devexus in austros.

S'élève , et redescend vers les brûlants climats. Notre pôle des cieux voit la clarté sublime : Du Tarlare profond l'autre touche l'alDÎme. CalistoSi, dont le char craint les flots de Téthys, Vers les glaces du nord brille auprès de son fds; Le Dragon les embrasse ainsi qu'un fleuve immense. Le pôle du midi S', noir séjour du silence, N'offre aux tristes humains qu'une éternelle nuit : Peut-être en nous quittant Phébus chez eux s'enfuit; Et lorsque ses coursiers nous soufflent la lumière, Pour eux l'obscure nuit commence sa carrière.

Le globe ainsi connu l'annonce les saisons; Quand il faut ou semer, ou couper les moissons, Abattre le sapin destiné pour Neptune, Au.v infidèles mers confier sa fortune : Et ce n'est pas en vain que ces astres brillants En quatre temps égaux nous partagent les ans.

Plusieurs font à loisir, retenus par l'orage. Ce qu'il faudroit hâter sous un ciel sans nuage : Ils aiguisent leur soc, ils comptent leurs boisseaux; Creusent inie nacelle ^^, ou marquent leurs troupeaux ; Préparent des liens à leurs vignes naissantes; Taillent des pieux aigus , des fourches menaçantes : La meule met en poudre ^^ ou le feu cuit leurs grains; El le jonc en panier s'arrondit sous leurs mains.

Les fêtes même, il est un travail légitime. Ne peut-on pas alors, sans scrupule et sans crime. Tendre un piège aux oiseaux, embraser des buissons D'un mur tissu d'épine entourer ses moissons , Ou rafraîchir ses prés que la chaleur altère, Ou baigner ses brebis ^^ dans une eau salutaire ? C'est dans ces mêmes jours que, libre de travaux,

Hic vertcx nobis semper subltmis; al illum

Sub pedibus Styx atia videt, Mancsque profundi.

Maximus hic flcxu sinuoso elabitur Anguis

Circum, pcrque duas in morem fluminis Aretos,

Arctos Oceani metuentes scquore lingi.

lllic, ut perbibent, aut intempcsta silet nox

Semper, et obtcnta dcnsantur noctc tenebrae;

Aut redit a nobis Aurora diemque reducit; 2^0 IVosque ubi primus equis Oricns aiflavit anhelis,

lllic sera rubens accendit lumina Vesper. Hinc lempestafes dubio pr;ediscere cœlo

Possumus, hinc messisque diem tempusque serendi;

Et quando iufidum remis iinpellere marmor

Conveuiat; quando armatas dcducere classes,

Aut tempestivara silvis evertcre pinum.

Nec frustra signorum obitus speculamur et ortus,

Temporibusque parera diversis quatuor aunum. Frigidus agricolara si quando continet imber, 2G0 Multa , forent quae mox cœlo properanda sereno ,

Maturare datur. Durum procudit arator

Vomeris obtusi déniera; cavat arbore linlrcs;

Aut pecori signum, aut numéros impressit acervifl.

Exacuunt alii vallos l'urcasque bicornes,

Atque Amcrina parant lenlse rctiuacula viti.

Nunc facilis rubea texatur fisciua virga ;

Ps'une torrete igni fruges, nunc frangitc saxo. Quippe etiam festis quœdara oxercere diebus

Fas el jura sinunt : rivos deducerc nulla 270 Relligio vetuit, segeti praelendere scpem,

LES GÉORGIQUES

Chacun porte aux cilcs les présents des hameaux ; Et , rapportant chez soi les tributs de la ville ^^, Presse les pas tardifs de son âne indocile.

La lune apprend aussi , dans son cours inégal , Quel jour à tes travaux est propice ou fatal. Le cinquième est funeste; eu ce jour de colère Naquirent Érinnys, Tisiphone, Mégère, Et vous, fameux Titans, géants audacieux, Que la Terre enfanta pour attaquer les cieux. Trois fois, roulant des monts ^' arrachés des campagnes. Leur audace entassa montagnes sur montagnes, Ossa sur Pélion, Olympe sur Ossa ; Trois fois, le foudre en main, le dieu les renversa.

Au dixième croissant de la lune nouvelle. On peut du fier taureau dompter le front rebelle, Planter la jeune vigne, ou d'une agile main Promener la navette errante sur le lin. Une clarté plus pure embellit le neuvième : Le brigand le redoute, et le voyageur l'aime. Chacun a son emploi ; mais, dans ce choix du temps, Ainsi que d'heureux jours, il est d'heureux instants. Faut-il couper le chaume ? on le coupe sans peine , Quand la nuit l'a mouillé de son humide lialeine: Pour dépouiller les prés, attends que sur les Heurs L'Aurore en souriant ait répandu ses pleurs.

Plusieurs pendant l'hiver, près d'un foyer antique , Veillent à la lueur d'une lampe rustique : Leur compagne près d'eux, partageant leurs travaux, Tantôt d'un doigt léger fait rouler ses fuseaux ; Tantôt cuit dans l'airain le doux jus de la treille, Et charme par ses chants la longueur de la veille. Mais c'est en plem soleil, dans Vardeute saison. Qu'au tranclianl de la faux on livre la moisson ,

Insidias avibus moliri, incendere vêpres, Balantumque grcgcm flm-io mersare salubri. Sa-pe olco tardi costas agitator aselli Vilibiis aut onerat pomis, lapidemque revertens Incusum, aut atrœ massam picis, urbe reportât.

Ipsa dits alios alio dédit ordine liina Feliccs operum. Quintam fuge; pallidus Orcus, Eumenidesque sats; tum partu Terra nclando Cœumque lapetumque créât, ssevumque Typhœa, 28o Et coDJuratos cœlum rescindcre fratres. Ter sunt conati imponere Pelio Ossam Scilicet, atque Ossse frondosum iuvolvere Olyrapum; Ter pater exstructos disjecit fulmine montes.

Septiraa post decimam felix, et ponere vitem, Et prensos domitare boves, et licia telœ Addere : noua fugae melior , contraria furtis. Multa adeo gelida melius se nocte dedere, Aut quum sole novo terras irrorat Eous. Nocte levés melius stipula;, nocte arida prata ^9" Tondentur ; noctes lentus non déficit huraor.

Et quidam seros biberni ad lumiuis ignés Pervigilat, ferroque faces inspicat acuto. Interea , longum cantu solata laborem , Arguto conjux percurrit pectine telas, Aut dulcis musti vulcano deeoquit humorcm. Et foliis undam trepidi despumat abeni.

At rubicunda Ceres medio succiditur sestu , Et mcdio tostas a^stu terit arca frugcs.

Que sur l'épi doré le fléau se déploie. Donne aux soins les beaux jours, et l'hiver à la joie. L'hiver, tel qu'un nocher qui, plein d'un doux transport, Couronne ses vaisseaux triomphants dans le port , Tranquille sous le chaume , à l'abri des tempêtes , L'heureux cultivateur donne ou reçoit des fêtes : Pour lui ces tristes jours rappellent la gaîté ; Il s'applaudit l'hiver des travaux de l'été.

Alors même sa main n'est pas toujours oisive ; De l'arbre de Pallas il recueille l'olive; Le myrte de Vénus lui cède un fruit sanglant, Et le laurier sa graine, et les chênes leur gland. Les flots sont-ils glacés , les champs couverts de neige ? Il tend des rets au cerf, prend l'oiseau dans un piège Ou presse un lièvre agile , ou , la fronde à la main , Fait siffler un caillou qui terrasse le daim.

D'autres temps, d'autres soins. Dirai-je à quels désastres De l'automne orageux nous exposent les astres. Quand les jours sont moins longs, les soleils moins ardents Ou quels torrents affreux épanche le printemps , Quand le blé d'épis verts a hérissé les plaines, Et des flots d'un lait pur déjà gonfle ses veines ?

L'été même, à l'instant qu'on lioit en faisceaux Les épis jaunissants qui tombent sous la faux. J'ai vu les vents, grondant sur ces moissons superbes Déraciner les blés , se disputer les gerbes , Et , roulant leurs débris dans de noirs tourbillons , Enlever, disperser les trésors des sillons.

Tantôt un vaste amas d'effroyables nuages, Dans ses flancs ténébreux couvant de noirs orages , S'élève, s'épaissit, se déchire; et soudain La pluie, à flots pressés, s'échappe de son sein; Le ciel descend en eaux , et couche sur les pJaiues

Nudus ara, sera nudus : hiems ignava colono. 3oo Frigoribus parte agricola; pleruraque fruuntur , Mutuaque inter se la;ti convivia curant. Invitât genialis biems , curasque resolvit : Ceu pressée quum jam portum tetigere carinae , Puppibus et la;ti nauta; irnposuerc coronas.

Sed tamcn et quernas glandes tum stringcre '.empus. Et lauri baccas , oleamque , cruentaque myrta; Tum gruibus pedicas et retia ponere cervis, Auritosque sequi lepores ; tum figere damas Stuppea torquentem Balearis verbera fundae , 3io Quum nix alta jacet , gjaciem quum fluraina triidunt.

Quid tempcstates aurtumni et sidéra dicam ? Atque, ubi jam breviorque dies, et mollior sestas, Quae vigilanda viris ? vel, quum mit imbriferum ver; Spicea jam campis quum racssis inhorruit , at quum Frumenta in viridi stipula lactentia turgent ?

S.Tppc ego , quum flavis messorem induceret arvis Agricola, et fragiii jam stringeret hordea culmo , Omnia ventorum concurrcre prîElia vidi , Ouœ gravidam late segetem ab radicibus imis 3'o Sublime expulsam eruerent; ita turbine nigro

Ferret hiems culraumque lèvera stipulasque volantes.

Sa'pe etiam immensum cœlo venit agmen aquarum, Et fœdam glomerant tempestatem imbribus atris Collectae ex alto nubes : ruit arduus <cthcr. Et pluvia ingenti sata laeta bouraque laborcs Diluit; imptentur fossa; , et oava flumina crcscuiit

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