DISCOURS SUR L'ÉDUCATION
dur en un duvet voluptueux. L'exercice ! c'est le père de la sauté ; mais surtout il est fait pour l'enfauce. Et pourquoi, sans cela, les eufanis auroient-ils reçu cette inquiciiide perpétuelle, cette haine pour le repos, cette ardeur pour le mouvement.^ Sans doute, il ne faut pas les livrer sans précaution à cette impctuosilé naturelle: je ne veux pas qu'ils jouent sur le bord d'un abyme ; mais que cette précauiiou ne soit pas excessive, de peur qu'elle ne soit funeste. Je souffre quand je vois des enfants tristement enchaînés au côté de leur mère, (juand je vois ces Gâtons anticipés ridiculement graves, jegarder du coin de l'œil le volant ou la balle qui, si les regards maternels se détournent un instant, va bientôt déconcerler toute cette décence forcée. On appelle cela une sagesse précoce ; et moi , je le nomme une pédanterie ridicule. Eh ! pourquoi donc le ciel\ous donnet-il des enfants .'* est-ce pour en faire de jolies statues ? Ah ! rendez-leur la liberté; réglez en eux la nature, au lieu de l'étouffer ! Ils sont faits pour courir, pour bondir, et non pour partager notre indolence et notre ennui. Leur teint, peut-être, sera moins blanc; mais il aura la couleur vermeille de la santé. Leur chevelure sera moins artistement peignée; mais leur tempérament sera iiiallérable.
Nous sommes si jaloux de leur donner des grâces! Mais puisque l'agrément est une chose si importante à nos yeux, qui ne voit combien cette éducation forte y contribue .►' Les corps les plus exercés sont aussi les plus agiles. La véritable élégance des postures dépend de la fermeté du maintien; et j'aime mieux les attitudes mâles, la souplesse vigoureuse d'un corps formé par de fréquents exercices, que les articulations efféminées, les courbettes ridicules de ces machines appelées petitsmaîtres, qui, si j'ose ainsi parler, se meuvent par ressorts, et se disloquent pour plaire. Mais laissons-là les grâces, et revenons à la santé. Combien d'ennemis conspirent contre elle ? Dès qu'un enfant voit le jour, voyez comment les saisons opposées se liguent en quelque sorte pour combattre sa foible existence ! L'une semble vouloir fondre ses membres ; l'autre semble vouloir les glacer. Comment sauver les enfants de ce double danger .►• Est-ce en les y dérobant avec soin .' non : c'est en les y exposant avec prudence. Que signifient tous ces vêtements dont vous les surchargez ? Ce ne sont pas des doubles tissus de laine qu'il faut opposer au froid , mais l'habilude de le braver. Pendant l'été, vous ne trouvez pas d'asile assez frais pour dérober vos enfants aux impressions de la chaleur ; autrefois on ne trouvoit pas le soleil trop brûlant pour les y accoutumer : c'est à l'expérience à nous apprendre lequel de ces deux usages est le plus barbare.
L'enfance, dites-vous, est délicate! j'en conviens. Mais ne voyez-vous pas que si elle reçoit facilement les impressions extérieures, elles les endure de même .''La flexibilité du premier âge est pour lui le don le plus heureux de la nature , si nous savions en tirer pai'ti. Le sort de votre enfant est entre vos mains : susceptible de loutes les formes que vous saurez lui donner, à moins que la nature ne l'ait condamné en naissant, il