‹ Œuvres complètes: avec notes et variantesChapitre 126 sur 140 · A FONTAINEBLEAU · texte numérisé non relu

A FONTAINEBLEAU

Lassé de tout , sans luth et sans maîtresse ', Depuis long- temps j'étais mort aux plaisirs, £t le chantre de la tendresse N'avait plus même de désirs ; Lorsqu'à ma paupièi*e éblouie , Dans le plus brillant appareil , Ce matin vint s'offrir, à l'instant du réveil , Une beauté piquante, au visage vermeil , Aux épaules d'albâtre, à la gorge arrondie.

Répandu sur ses traits, un reste de sommeil La rendait encor plus jolie.

Je reconnus la Muse si chérie Qui, toujours promenant sa foi j De mes liens jadis, sans trop savoir pouixjuoi ,

' L'éditeur de x 8a 3 , au lieu de ces iuitiales, a écrit Bourbon Butset.

* Almanach de 1785 :

Laaaé de tout, en proie à la tristesse.

3i4 A MONSIEUR DE B.-B.

S'était brusquement dégagée.

Je crus qu'elle était corrigée,

Et qu'elle revenait à moi.

Je voulus l'embrasser. « Arrête , me dit-elle , a B, ' m'aime; il est fier, jeune , ardent, plein de zèle : (X Pour lui seul désormais je garde ces appas. « Tu me servis trop mal : tiens, je sors de ses bras;

a Regarde comme je suis belle. '

« Lis ce billet : en vers moins polis et moins doux

« Autrefois s'exprimait Horace^.

(c II l'écrivit sur mes genoux.

(^ En le dictant, j'ai sighé ta disgrâce.

« Il faut nous séparer. Adieii :

« Tu ne me verras plus, car B... me rappelle. c( Tous les amans que j'eus , Anacréon , Chapelle , ce La Fare et Saint- Aulaire , et Vendôme et Chaulieu, c( Je les retrouve en lui : je lui serai fidèle. »

' Almanach :

B... m*o££re aujoard^hni son zèle.

L'éditeur de i8a3 , ici et plus bas, a écrit Bourbon, Si nous avions youIu remplir la lacune , nous eussions plutôt écrit Busset.

> Almanach :

Lis ce billet , qu'en vers pins doux N*eut point tracé jadis l'ingénieux Horace.

n a déjà été question, p. i37, des vers de M. de B.-B.

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AU m£M£.

Ah! c'en est trop, monsieur le Vicomte; et il n'y a plus moyen de résister à toutes vos coquetteries. Comment! des vers, de la musique, des chansons, et la plus jolie lettre du monde! Songez donc combien j'en suis indigne.

A moi des vers si gracieux ?

Que je suis fier d*uD tel message!

Mortel favorisé des cieux , On voit bien à votre langage Que vous êtes du sang des dieux '.

Je ne sais où vous adresser mes remercîmens; car vous pouvez être également, en Flandre et en Bourgogne, occupé à faire mouvoir, comme il vous plaît, à gauche, à droite, des gens que cela n'amuse guèr^, ou à briller dans les États par la sagesse de vos vues, et par le charme de votre éloquence.

Je ne suis pas embarrassé de vos belles destinées. La gloire ne saurait être infidèle au nom

' C'est-à-dire, du sang des rois de France. — Le Longueruana sera bon à oonsuller, 1 1, p. at3.

3i6 LETTRE

que VOUS portez. Puissiez-vous seulement ne pas m'oublier tout-à-fait poin* elle ! Dans la vie active à laquelle je vous vois condamné, j'imagine que vous êtes trop sage pour négliger les plaisirs. Comment passez- vous votre temps, et comment le faites-vous passer aux autres ? Je vous ^ connais trop de moyens de plaire , pour croire que , dans ce moment-ci , tout le monde ait lieu de se louer de vous autant que je le fais. Pour moi,

Couché nonchalamment à l'ombre Des pins ou des peupliers verts, Je cherche à donner à mes vers Ce brillant coloris , ce nombre, Cet air fini , cet heureux tour^ Et cette grâce naturelle, Qui d'une lumière immortelle Parent la moindre bagatelle, Et qui font vivre plus d'un jour.

Je corrige ces Amours que vous avez lus avec beaucoup trop d'indulgence , et qui n'ont d'autre mérite que d'être l'histoire fidèle de mon cœur et de ma vie. J*ajoute, et plus souvent j'efface. Confiné depuis trois mois dans mon ermitage, ma seule peine est de songer qu'il faudra bientôt m'en arracher. Mais je jouis, en ' attendant , de moi-même, du doux aspect de la campagne, des charmes de l'étude , et des douceurs de l'amitié.

t AU MÊME. 3i7

Que dis-je? Après tant de tourmeiu, Les yeux encor mouillés de larmes, Je reviens, malgré mes sermens, A ce cruel dieu des amans Qui seul a causé mes alarmes.

Je le conjure d'occuper Ces derniers instans d'une aurore Que je sens prête à m'échapper ; Hélas ! et je lui porte encore Mon cœur, s'il le veut, à tromper.

Ce qu'on nomme repos m'ennuie ; J'ai besoin d'un plus doux lien :

XiOrsqu'une fois ( je le sens bien ) D'aimer on a fait la folie, Age et raison n'y peuvent rien ; Il faut aimer toute sa vie.

A MONSIEUli

LE CHEVALIER DE BONNARD

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