SUR LA PHILIS DE TOUT LE MONDE
Une taille souple et légère A nos rimeurs, Zirphé, ne coûte rien;
Et depuis mille ans, tu sais bien Que leur muse a de droit l'empire de Cythère, Le minois de Vénus, son sourire, ou le tien. Un essaim de Zéphyrs l'environne sans cesse ; Au moindre mouvement paraît la Volupté; Paris , en cheveux blancs , vient juger sa beauté; La pomme échappe, roule, et la voilà déesse!
Faut-il nous cravonner Philis?
C'est Flore , c'est Hébé que l'on va peindre ensemble : On sème à pleines mains les roses et les lis , Et l'on fait un portrait, Zirphé, qui te ressemble.
Vieux Zéphyrs, vieux Amours, t rainez-vous loin de moi ! Je bannis et les Jeux , et les Ris, et les Grâces; Je ne veux plus les voir voltiger sur tes traces : Il est si doux d'être seul avec toi !
' Dans l'Almauach des Muses de 1775, p. 8 5, et signé, «par M. Berlin.»
A ZIRPHÉ. a6i
Je veux bien respecter le trône de verdure
Sous des myrtes entrelacés ' :
Mais rendons à Vénus son antique parure ;
Tu n'as pas besoin de ceinture,
Et la pudeur te couvre assez.
Que sur tes épaules d'albâtre
Tes tresses flottent, si tu Veux :
Je n'entends point qu'un dieu folâtre , Plus fortuné que moi , caresse tes clieveux. Zirphé, je suis jaloux d'embellir ce que j'aime :
Couronnons ton chapeau de fleurs;
Mais je veux les placer moi-même :
Flore n'en viendra point assortir les couleurs.
J'aime assez , il est vrai , ces Pliilis éternelles Qui tournent, parmi nous , vingt têtes tous les ans. Qu'on ne trouva jamais cruelles , Qui sont bien tendres , bien fidèles , Et , n'existant jamais , ont toujours des amans. Ma Zirphé , par exemple, est un peu plus volage; Et, moins sûr de son cœur, je suis plus alarmé : Mais sa beauté du moins sourit à mon hommage. Je suis content de mon partage*, Zirphé respire , et moi , je suis aimé.
• T'oyez plus bas, p. 26;').
' O vers n'est pas clans rAliiianac!» de 1775,