‹ Œuvres complètes; avec notes et variantes, précédées d'une notice historique sur sa vieChapitre 123 sur 137 · AU MEME · texte numérisé non relu

AU MEME

Ah! c'en est trop, monsieur le Vicomte; et il n'y a plus moyen de résister à toutes vos coquetteries. Comment! des vers, de la musique, des chansons, et la plus jolie lettre du monde! Songez donc combien j'en suis indigne.

A moi des vers si gracieux?

Que je suis fier d'un tel message!

Mortel favorisé des cieux , On voit bien à votre langage Que vous êtes du sang des dieux '.

Je ne sais où vous adresser mes remercîmens; car vous pouvez être également, en Flandre et en Bourgogne, occupé à faire mouvoir, comme il vous plaît, à gauche, à droite, des gens que cela n'amuse guère, ou à briller dans les Etats par la sagesse de vos vues, et par le charme de votre éloquence.

Je ne suis pas embarrassé de vos belles destinées. La gloire ne saurait être infidèle au nom

' C'est-à-dire, du sang des rois de France. — Le Longueruana sera bon à consulter, 1. 1, p. 21 S.

3i6 LETTRE

que vous portez. Puissiez-vous seulement ne pas m oublier tout-à-fait pour elle! Dans la vie active à laquelle je vous vois condamné, j'imagine que vous êtes trop sage pour négliger les plaisirs. Comment passez-vous votre temps, et comment le faites-vous passer aux autres? Je vous connais trop de moyens de plaire, pour croire que, dans ce moment-ci , tout le monde ait lieu de se louer de vous autant que je le fais. Pour moi,

Couché nonchalamment à l'ombre Des pins ou des peupliers verts, Je cherche à donner à mes vers Ce brillant coloris, ce nombre, Cet air fini, cet heureux-tour.

Et cette grâce naturelle, Qui d'uue lumière immortelle ' Parent la moindre bagatelle, Et qui font visre plus d'un jour.

Je corrige ces Amours que vous avez lus avec beaucoup trop d'indulgence, et qui n'ont d'autre mérite que d être Thisloire fidèle de mon cœur et de ma vie. J'ajoute, et plus souvent j'efface. Confiné depuis trois mois dans mon ermitage, ma seule peine est de songer qu'il faudra bientôt m'en arracher. Mais je jouis, en attendant, de moi-même, du doux aspect de la campagne, des charmes de l'étude, et des douceurs de l'amitié.

AU MÊME. 3i7

Que dis-jc? Après tant de tourniens, Les yeux encor mouilK's de larmes, Je reviens, malt^ré nus sennens, A ce cruel dieu des amans Qui seul a causé mes alarmes.

Je le conjure d'occuper Ces derniers instans d'une aurore Que je sens prête à m'échapper ; Hélas ! et je lui porte encore Mon cœur, s'il le veut, à tromper.

Ce qu'on nomme repos m'ennuie ; J'ai besoin d'un plus dou>;lien :

Lorsqu'une fois ( je le sens bien ) D'aimer on a fait la folie, Age et raison n'y peuvent rien ; Il faut aimer toute sa vie.

A MONSIEUR

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