LIVRE I
ELEGIE XITT.
A EUCHARIS
Si les vents, la pluie et la foudre, La nuit, sous un ciel orageux, Menacent de réduire en poudre Nos toits ébranlés dans leurs jeux, Tu te rapproches, tu me presses; Je sens tes membres agités :
Et, triste au sein des voluptés, « De nos innombrables caresses, « Les dieux, dis-tu, sont irrités.»
Ehl qu'importe à ces dieux paisibles; Nourris d'encens sur leurs autels, L'amour de deux faibles mortels, Qu'eux même ils ont créés sensibles^?
Quel mal leur fait ce doux plaisir, Chef-d'œuvre heureux de leur puissance.
Cet éclair de la jouissance
' Édition de iSaS :
Qu'eux-mêmes ont créés sensibles.
Cette leçon vient d'une faute de l'édition de l'an x, où il y a : Qn eux-mêmes ils ont eréés sensibles.
Que l'on peut à peine saisir ^ ?
Les dieux ne sont point en colère.
Va, cesse enfin de t'alanner; Rejette une erreur populaire; Crois-moi, dans la saison de plaire Le Ciel ne défend point d'aimer. Aimons, 6 ma belle maîtresse ; Buvons nos vins délicieux ; Et que dans cette double ivresse, La mort, au sein de la paresse, Vienne demain fermer nos yeux.
L'amour, par une pente aisée, La tête ceinte encor de fleurs, Loin du triste séjour des pleurs* Te conduira dans l'Elysée.
Là, sous des berceaux toujours verts.
Au murmure de cent fontaines, On voit les ombres incertaines Danser, former des pas divers^; Et l'écbo des roches lointaines
« Édilionde 1780:
Qu'on ne jieiit un inoniciit saisir.
» Ihid.
■^ Ibid.
Encor chérie , cncor baist'c ,
L" amour, par des soutiers de fleurs
Loin du triste...
En rond former des pas divers.