‹ Œuvres complètes; avec notes et variantes, précédées d'une notice historique sur sa vieChapitre 93 sur 137 · LIVRE m. i · texte numérisé non relu

LIVRE m. i

A cet aspect soudain , au murnuire de l'onde , Qui seul de ces déserts trouble la paix profonde. Je me sentis tout d'un coup pénétré

D'une douce mélancolie ;

Le souvenir de Catilie Vint resserrer mon cœur de plaisirs enivré '. Ah! que ne puis-je, 6 ma jeune maîtresse, Parcourir avec toi ce fortuné séjour.

Et dans ces bois touffus, au gré de ma tendresse , T'égarer doucement sur le soir d'un beau jour ! Dans les bols , dans les airs ^, sur le bord du rivage , Les oiseaux , deux à deux , se baisent devant moi: Seul ici , je languis dans un triste veuvage. Faut-il sans toi fouler cette mousse sauvage? Dans ces détours secrets faut-il errer sans loi ?

Vols ce ruisseau qui, dans sa pente Mollement entraîné , murmure à petit bruit , Se tait, murmure encor, se replie et serpente , Va, revient, disparaît, plus loin brille ^ et s'enfuil ,

Et , se jouant dans la prairie

' Édition de 17S0 :

Viut s'offrir à mou cœur de mollesse euivic.

^ Ibiil.:

Au sommet des rosiers

5 iLul.:

se rcmoulrc .

i66 LES AMOURS.

Parmi le trèfle^ et les roseaux , Sépare à chaque instant ces bouquets d'arbrisseaux Qu'un pont officieux à chaque instant marie. Quel art a rassemblé tous ces botes divers, Nourrissons transplantés des bouts de l'univers^ :

La persicaire rembrunie ^

En grappes suspendant ses fleurs;

Le tulipier de Virginie , Étalant dans les airs les plus riches couleurs; Le catappas* de l'Inde, orgueilleux de son ombre; L'érable précieux ; et le niélèse sombre ,

Qui nourrit les tendres douleurs?

De cent buissons fleuris chaque route bordée Conduit obliquement à des bosquets nouveaux.

• Édition de 1780:

Parmi les joncs

2 parmi ses plauts divors,

Végétaux transplantés des bouts de Tuai vers.

Voltaire, Disc. iv.

Enrichir notre sol de cent tiges superbes , Nourrissons inconnus de vingt climats divers.

Delille, Jardins, 11.

3 Peut-être, le Polygonnm Or/ew/a^", quoique l'épitliète rembruni ne senil)lc pas lui convenir parfaitement.

4 Un éditeur récent a eu tort d'écrire catalpa , au lieu de la leçon originale catappas. Le Bignonia Catalpa est assurément fort coiuiu, mais ce n'est point un arbre indien. Le catappas de l'Inde est le Termlnalia Catappa de Linné ; c'est une sorte de badamier.

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