‹ Œuvres complètes. Avec un commentaire historique et critique (volume 2)Chapitre 18 sur 76 · DE LA RYTHME ET DES VERS SAKS RYTHME · texte numérisé non relu

DE LA RYTHME ET DES VERS SAKS RYTHME

Quant à la rythme, je suis bien d'opinion qu'elle soit riche, pour ce qu'elle nous est ce qu'est la quantité aux Grecs et Latins. lit bien que n'ayons cet usage de pieds comme eux, si est-ce que nous avons un certain nombre de syllabes en chacun genre de poème, par lesquelles, comme par chainons, le ver françois lié et enchainé est contraint de se rendre en cetc étroite prison de rythme, sous la garde, le plus souvent, d'une coupe feminime, fâcheux et rude geôlier et incogneu des autres vulgaires. Quand je dy que la rythme doit estre riche, je n'entends qu'elle soit contrainte et semblable à celle d'aucuns, qui pensent avoir fait un grand chef-d'œuvre en françois, quand ils ont rymé un huminent et un eminent, un viisericordieusemetit et un vuhdieusement, et autres de semblable farine, encores qu'il n'y ait sens ou raison qui vaille : mais la rythme de nostre poëte sera volontaire, non forcée : receue, non appellée : propre, non aliène : naturelle, non adoptive : bref, elle sera telle, que le vers tombant en icelle, ne contentera moins l'oreille qu'une bien armonieuse musique tombante en un bon et parfait accord. Ces équivoques doncques et ces simples rymez avecques leurs composés, comme un baisser et abaisser, s'ils ne changent ou augmentent grandement la signification de leurs simples, me soyent chassez bien loing : autrement qui ne voudroit régler sa rythme comme j'ay dit, il vaudroit beaucoup mieux ne rymer point, mais faire des vers libres, comme a fait Pétrarque en quelque endroit, et de nostre temps le seigneur Loys Aleman en sa non moins docte que plaisante Agriculture. Mais tout ainsi que les peintres et statuaires mettent plus grande industrie à faire beaux et bien proportionnez les corps qui sont nuds, que les autres : aussi faudroit-il bien que ces vers non rymez, fussent bien charnus et nerveux, afin de compenser par ce moyen, le défaut de la rythme. Je n'ignore point que quelques uns ont fait une division de rythme, l'une en son, et l'autre en écriture, à cause de ces diphthongues rtr, <i, 01, faisant conscience de rymer maistrc ttprestre, fontaines et Athènes, connaître et naitre. Mais je ne veux que nostre poëte regarde si superstitieusement

î6 ŒUVRES COMPLÈTES DE J. DU BELLAY

i ces pciites choses, et luy doit suffire i]iic les deux dcniicrcs syllabes soyent unissoncs, ce qui arrivcroit eu la plus grande part, tant eu voix qu'eu écriture, si l'onliographe Irauçoise n'eust point été depravOe par les praticiens. Et pource qucLo\-s Megrel, non moins amplement que doctement, a traité ccste partie, lecteurs, je te renvoyé à son livre : et feray fin ;\ ce propos, t'ayant sans plus averty de ce mot en passant, c'est que tu gardes de rythmer les mots manifestement longs avec les brefs, aussi manifestement brefs conmie un passe et trao', un niaitie ... ..-.■'^f^ une chrahire et hure, un hast et bat, et ainsi des autres.

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