CARDINAL DU BELLAY. S
EU le personnage que tu joues au spectacle de toute l'Europe, voire de tout le monde, en ce grand Théâtre Romain, veu tant d'affaires, et tels que seul quasi tu soutiens, ô l'honneur du sacré Collège, pécher oy' -je pas (comme dit le Pindare Latin) contre le bien public, si par longues paroles j'empeschoy le temps que tu donnes au service de Ion prince, au profit de la patrie et à l'accroissement de ton immortelle renommée ? Espiant donc quelques heures de ce peu de relais que tu prens pour respirer sous le pesant fais des affaires Françoises (charge vrayment digne de si robustes espaules, non nwins que le ciel de celles du grand Hercule), ma muse a pris la hardiesse d'entrer au sacré cabinet de les saintes et studieuses occupations : et là, entre tant de riches et excellens vœux de jour en jour dédier^ à V image de ta grandeur, pendre le sien humble et petit, mais toutesfois bien heureux s'il rencontre
l ŒUVRES COMrLKTES Dl- j. OU Bl-l.l.AV
tjufL]U€' faveur dti'tvit Irs yciix tic ta honte, semblable à celle des Dieux ttntuorttls, ijtii n'ont moins ai^rèables les pauvres prèseus d'un bien riefy ivuhir que les superbes et ambitieuses offrandes.
C'est, en effeel, la Défense et Illustration de nostre lani^ue fran(oise, à l'entreprise de laquelle rien ne m'a induit que l'jiffecl ion naturelle etnYrs ma pairie, et à te la dédier, que la (grandeur de ton nom : à fin quelle se cache (comme sous le bouclier d'Ajaxj contre les traicts enveninu\ de ceste antique ennemie de vertu, sous l'ombre de tes ailes. De ioy, di-je, dont ï incomparable sçavoir, vertu et conduite, toutes les plus grandes choses, de si lonf^ temps de tout le monde sont expérimentées, que je ne les sçauroy' plus au vif exprimer, que les couvrant (suivant la ruse de ce noble peintre Timante) sous le voile de silence. Pource que d'une si grande cime il vaut trop mieux [comme de Carlhage disait T. jLiveJ se taire du tout que d'en dire peu. Reçoy donc avec ceste accoiLStumèe bonté, qui ne te rend moins aimable entre les plus petits, que ta vertu et auctoritc vénérable entre les plus grands, les premiers fruicts, ou, pour mieux dire, les premières fleurs du printemps de celuy qui en toute rrcerence et humilité baise les mains de ta R. S. Priant le ciel te départir autant d'heureuse et longue vie, et à tes hautes entreprises estre autant favorable, comme envers toy il a esté libéral, voire prodigue de ses grâces. Adieu, de Paris, ce /j" de février, IJ49.
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