CONTRE LES ENVIEUX POETES
A P. de Romard
L'or n'est point si précieux, Si ternie n'est point encore Le métal audacieux Qui tous les frères dévore, Connue un vers, qui nous honore.
Les vers sont plus doux que miel, Les vers sont enfans du ciel.
Heureux qui par un Honiere A donté la mort amere :
Heureux qui pour guide ont eu La louange qui est mère Ht fille de la Vertu.
Mais ceste louange oncor' Fille des Dieux avouable.
Passe l'indique thresor, Venant d'nn loueur louable, C'est un breuvage amiable, Plus doux que celuv des cieux.
Pour mettre du rang des Dieux L'ame digne de le boire :
Et pour graver une gloire Au marbre du Firmament, Ferrement de la mémoire.
Plus dur que le diamant.
Heureux vous estes mes vers, Heureuse tu es ma Lyre, Q.v.e deux poètes divers Daignent pour subject eslire, Pour tes louanges escrire Soucelle d'un arc divin Tire par l'air Angevin L'n traict françois et patriere En courant, laisse derrière Les mieux empennez esprits
i66 aivREs coMviJ-rrs m- j. nv nni.w
Qui volent p.ir la c.inicrc
Des vieux Romains bien appris.
Par leurs vers laborieux, Bruslans Je voir la Uiniiere, Xostre Loyre i;lorieux l'nlle sa course première.
Sa trace non coustumiere Sous la bride de ma voix Se joint au Loir Vandomois, Qui s'égale au Roy des fleuves, L'Olive et ses branches neuves Puissent ainsi désormais Marier aux forcsts veuves Mon renom pour tout jamais.
La Nature et les Dieux font Les architectes des hommes :
Ces deux (ô Ronsard) nous ont Bastis de mesnies atomes, Or, cessent donques les Mômes De mordre les e^crits miens, Puisqu'ils sont frères des tiens, Que les plus hauts Dieux admirent.
Si deux bons archers aspirent Ficher leurs traits au milieu Du bLmc, bien souvent ils tirent Tous deux en un mesme lieu.
Peletier me fit premier Voir rOde, dont tu es Prince, Ouvrage non coustuniier Aux mains de nostre province.
Le ciel voulut que j'apprinse A le raboter ainsi, A toi me joignant aussi, Qui cheminois par la trace De nostre commun Horace.
Dont un Démon bien appris Les traits, la douceur, la grâce Grava dedans tes esprits.
La France n'a voit qui jx-ust, Que tov, remonter de cordes De la Lyre le vieil fust.
Où bravement tu accordes
COMKK LES INVIKCX rOKTKS 167
Les douces Thebaiiics Odes, Kt liiiniblemeiu je cliantav L'Olive, dont je plantav Les immortelles racines.
Par moy les Grâces divines.
Ont fait sonner assez bien Sur les rives Angevines Le sonnet italien.
Dont le branle industrieux.
Et la pesante mesure De ses pieds laborieux Q}.ii ne vont à l'avanture Par les champs, dont la peinture Diapré ces belles lleurs, N'entendent point les valeurs, Que la Lvre babillarde Te fredonne plus gaillarde Ores haut et ores bas.
Sur la corde fretillarde A la cadence des pas.
Le nourrisson abbreuvé Du laict de la douce Muse Fils des Dieux est approuvé.
Et Appollon, qui s'amuse A l'enseigner, ne refuse Le marier aux neuf sccurs Dont tu goustois les douceurs Lorsque la jeunesse tendre, Qui de soy ne peut estendre Ses foibles membres au cours, En vain me faisant attendre Orphelin de vrav secours.
Voila comment le bonheur De ceux, que la Muse estime, S'envoie au palais d'honneur :
Mais l'envie qui se lime De voir la vertu sublime, Dedans son palle manoir Piastre de sang verd et noir.
Guigne de travers les œuvres Des ingénieux manœuvres, Et regorge tout exprès
i^S iirvKi^ i iXMi I in-.s dk i. nv hkilay
le noir venin lics couleuvres, Tour le reniascher après.
Qui le niastin vila^eois, A vcu tombé sous la lorcc Du pcnoreux dogue aii};lois, 11 a veu comme il s'ellorce I"n vain d'une longue entorce Sous le nwrs enirelassé.
Il a le dos hérissé, Parmi sa dent venimeuse Coule une bave escumeusc :
lit horriblement grinçant Dégorge sa voix fumeuse Dun cvil de feu rougissant.
Tels sont les chiens animez Qui loin de Parnasse abondent.
Qui d'abois envenimez Aux sainctes pucelles grondent :
Mais comme la neige ils fondent Aux rais de ce Dieu sçavant.
Qui a poussé bien avant Son chef sur nostre hémisphère, Malgré la nuict, qui espère Sortant de son noir séjour Rebander (6 vitupère) Les yeux de nostre beau jour.
J'ov le combat ancien Du Cornet contre la Lyre Du prince musicien, Qui a d'un juste martire Puni le vaincu satire, Làs qui en vain se repent, Voyant sa peau qui lui pend.
Je vov ses entrailles vives, Ses nerfs, ses vaines craintives Descouvertes tressaillir :
Je voy des herbes ses rives De l'eau de ses yeux saillir.
Je voy plus de cent ruisseaux Collez de fange et de bourbe, Enfans des horribles eaux Du grand fleuve neuf fois courbe
CONTKE LES KNVIELX POÈTES 169
Autour de Kl noire tourbe.
Ils ne pavent en coulant Leur fond de sable roulant.
Des herbes est leur ceinture.
Dont forcèrent la Nature Les deux filles du Soleil :
Leurs ondes font la teinture De l'oblivieux sommeil.
Mais les fleuves desborde/..
Qui du sainct Parnasse sourdent.
Courent à tlots desbridez Qui les conipaignes essourdent.
Ores leurs fors bras dessoudent Leurs ponts, escluses, et ports.
Qui fertilisent leurs bords De mille palmes gaignces :
Ores de fleurs couronnées, Ht d'un mesme enfantement Avecques l'Aurore nées Se bornent plus lentement.
Volez bienheureux oyseaux, Messagers de la victoire, Sus les éternelles eaux Des filles de la Mémoire.
Je vov venir la gent noire Mille corbeaux envieux.
Qui du bord oblivieux Et des chauds rivages Mores Ici revolans encores, Troublent d'un son éclatant Les nouveaux Cvgnes, qui ores Par la France vont chantant.
Qu'on lasche l'etomisseur Qui lentement par l'air nage.
Sur ce Milan ravisseur.
Il a laissé le carnage, Il a haussé le plumage.
Sus fauconniers, deslongez Les Sacres encourage/.
Qui volent à tire d'aile.
Vo\ez la guerre cruelle, Voyez l'importun assaut,
ŒLVRi-s c.OMru ir.s nr. ). ne bi:i i.ay
Voyez rouler pcslc mcslc lu Sacre et Mil.in d"enli.uit.
J'ov I.i Kibill.irik- voix De I.i Pie injurieuse, Qui s'est sauvé eu ce bois :
C'est la rage furieuse, Qui jadis trop curieuse Degaîer ses lasclieux sons, O Muses, à vos cliansons.
Prit cette nouvelle forme, Tesnioin de sa faute énorme, Demeurant toujours après Ht depiteuse, et dilTorme, Ht injure des forests.
Voirray-je point despouiller L.I grand'troupe deslovale, Qui du bec osoit souiller La belle fleur liliale ?
Je voy la nvniphe rovale, Qui les esparpille tous, Et d'un son heureux et doux Reclame la bande blanche.
C'est la Marguerite franche Promise aux astres luysans, Si la Parque ne me tranche Le fil de mes jeunes ans.
D'où vient ce plumage blanc, Qui ma forme première emble ?
Desja l'un et l'autre flanc Dessous une aile me tremble.
Nouveau Cygne, ce me semble.
Je rempli l'air de mes cris.
Mes ailes sont mes escrits, Et je porte par le monde La mémoire vagabonde De mon prince non-pareil, De l'aurore Jusqu'à l'onde Où se baigne le soleil.
DESCRIPTION 1)1: LA CORNl: ITABONDANCE
Prcscutcc à une Moiiinu-ric
Acliclois CL'st amoureux Meuve, Se faisant taureau mu^issaui, Contre Hercule au combat se treuvi Mais A son dam il fit cspreuve De l'ennemi le plus puissant.
De cornes sa teste embellie
De l'une eut le front desarmé :
Les Xaiades l'ont recueillie, Ht des plus beaux thresors remplie.
Dont le cours de l'an soit semé.
Là sont les merveillettes roses, Des lys la royale blancheur.
Là les œillets, là sont encloses Mille marguerites decloses A la matinale frescheur.
Là est la pomme colorée,
Là est le citron verdissant, Là l'olive tant honorée.
Là l'orange jaune dorée.
Là le beau grenat rougissant.
La riche pomme enluminée
Prés de la plus belle des trois, De ce cor soit exterminée, Trop dure fut sa destinée.
Qui fut la mort de tant de Rois.
Celles par qui la Cyprienne D'Atalante tarda le cours, Soyent dedans cette cerne mienne.
Et face amour qu'il m'en advienne Contre vous semblable secours.
Ces fleurs je voue à la plus belle,
Mon œil la voit, mon cœur la sent :
Mais je ne diray le nom d'elle.
Chacune se peut juger telle, Puisqu'à trente j'en fais présent.
iTLVRFS COMPl IITS DK J. Df Bl-Ll..\V