‹ Œuvres complètes. Avec un commentaire historique et critique (volume 2)Chapitre 8 sur 76 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

d'amplifier la LAXC.UF. FUANÇOISL PAR L IMITATION DES ANCIENS AUTEURS GRECS ET ROMAINS

Se compose doncques celuy qui voudra enrichir sa langue, à l'imitation des meilleurs auteurs grecs et latins, et à toutes leurs plus grandes vertus, comme à un certain but, dirige la pointe de son stilc ; car il n'y a point de doute que la plus grand" part de l'artifice ne soit contenue en l'imitation : et tout ainsi que ce fut le plus louable aux anciens de bien invÇnter, aussi est-ce le plus utile de bien imiter, mesme à ceux dont la langue n'esV encore bien copieuse et riche. Mais entende celuv qui voudra imiter, que ce n'e*.t chose facile que de bien suivre les vertus' d'un bon auteur, et quasi comme se transforijfier en luy, veu que la nature j mesmes, aux choses qui paroissent tressemblables, n'a seu tant faire, que par quelque note et diflerence elles ne puissent estre discernées. Je dy cecy pource qu'il y en a beaucoup en toutes langues qui, sans pénétrer aux plus cachées et intérieures parties de l'auteur qu'ils se sont proposé, s'adaptent seulement au premier regard, et s'amusant à la beauté des mots, perdent la force des choses. Et certes, comme ce n'est point chose vicieuse, mais grandement louable, emprunter d'une langue estrangere les sentences et les mots, et les approprier à la sienne : aussi est-ce chose grandement à reprendre, voire odieuse à tout lecteur de libérale nature, voir en une mesme langue une telle imitation, comme celle d'aucuns s<;avans mesmes, qui s'estiment estre des meilleurs quand plus ils ressemblent un Heroct ou un Marot. Je t'admoneste doncq' (ô toi qui desires l'accroissement de ta langue et veux exceller en icelle) de non imiter à pied levé, comme nagueres a dit quelqu'un, les plus fameux auteurs d'icelle, ainsi que font ordinairement la plus pan de nos poètes françois, chose certes autant vicieuse comme de nul profit à nostre vulgaire : veu que ce n'est autre chose (ô grande libéralité \) sinon de luy donner ce qui estoit à luy. Je voudroy' bien que nostre langue fut si riche d'exemples domestiques, que n'eussions besoin d'avoir recours aux estrangers. Mais si V^irgile et Ciceron se fussent contentez d'imiter ceux de leur langue, qu'auroyent les Latins, outre Ennie ou Lucrèce, outre Crasse ou Antoine ?

LA niFENSi: HT Il.I.USTRATlON DE I.A LANGUE FRANÇOISE IJ

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