ET A VTR ES OEVVRES
POETIQVES DE lOACH.
DVBFtLAY
A PARIS
D e î imprimerie de VedericMorel, rue S. l4n de Béarnais jatiJrancMeurier.
M. D. Lvrii.
AVEC PRIVILEGE DV ROY
AD LECTOREM
Queni, Lector, tibi nunc damus libellum. Hic felUsque simul, simitJque mellis, Permixtumque sajis refert saporem.
Si gratum quid^erit tuo palato, Hue conviva veni, tibi bœc parafa est, Cœna : sin minus, hinc facesse, quœso : Ad banc te volui baud vocare cœnam .
A MONSIEUR DAVANSON
Conseiller du Roy EN SON PRIVÉ CONSEIL
Si je n'ay plus la faveur de la Muse,
Et si mes vers se trouvent imparfaits,
Le lieu, le temps, l'aage où je les ay faits,
Et mes ennuis leur serviront d'excuse.
J'estois à Rome au milieu de la guerre, Sortant desjà de l'aage plus dispos, A mes travaux cerchant quelque repos, Non pour louange ou pour faveur acquerre.
Ainsi voit-on celuy qui sur la plaine
Picque le bœuf ou travaille au rampart, Se resjouir, et d'un vers fait sans art S'esvertuer au travail de sa peine.
Celuy aussi, qui dessus la galère
Fait escumer les flots à l'environ, Ses tristes chants accorde à Taviron, Pour esprouver la rame plus légère.
On dit qu'Achille, en remaschant son ire, De tels plaisirs souloit s'entretenir, Pouraddoucir le triste souvenir De sa maistresse, aux fredons de sa lyre.
Ainsi tlattoit le regret de la sienne
Perdue, hélas, pour la seconde fois, Cil qui jadis aux rochers et aux bois Faisoit ouïr sa harpe Thracienne.
La Muse ainsi me fait sur ce rivage, Où je languis banni de ma maison, Passer l'ennuy de la triste saison.
Seule compaigne à mon si long voyage.
La Muse seule au milieu des alarmes Est asseuree, et ne pallist de peur:
La Muse seule au milieu du labeur Flatte la peine et desseiche les larmes.
D'elle je tiens le repos et la vie,
D'elle j'apprens à n'estre ambitieux.
D'elle je tiens les saincts presens des Dieux, Et le mespris de fortune et d'envie.
Aussi sçait-elle, aiant dès mon enfance
Tousjours guidé le cours de mon plaisir, Que le devoir, non l'avare désir, Si longuement me tient loin de la France. Je voudrois bien (car pour suivre la Muse J'ay sur mon doz chargé la pauvreté) Ne m'estre au trac des neuf Sœurs arresté, Pour aller voir la source de Méduse.
Mais que feray-je afin d'eschapper d'elles? Leur chant flatteur a trompé mes esprits, Et les appas ausquels elles m'ont pris, D'un doux lien ont englué mes ailes.
Non autrement que d'une douce force
D'Ulysse estoyent les compagnons liez.
Et. sans penser aux travaux oubliez Aimoyent le fruict qui leurservoit d'amorce. Celuy qui a de l'amoureux breuvage
Gousté, mal sain, le poison doux-amer, Cognoit son mal, et contraint de l'aymer, Suit le lien qui le tient en servage.
Pour ce me plaist la douce poésie,
Et le doux traict par qui je fus blessé : Dès le berceau la Muse m'a laissé Cest' aiguillon dedans la fantasie.
Je suis content qu'on appelle folie De nos esprits la saincte deité, Mais ce n'est pas sans quelque utilité, Que telle erreur si doucement nous lie. Elle esblouït les yeux de la pensée
Pour quelquefois ne voir nostre malheur, Et d'un doux charme enchante la douleur Dont nuict et jour nostre ame est offensée. Ainsi encor' la vineuse prestresse,
Qui de ses criz Ide va remplissant.
Ne sentie coup du thyrse la blessant, Et je ne sens le malheur qui me presse. Quelqu'un dira : de quoy servent ses plainctes ? Comme de l'arbre on voit naistre le fruict. Ainsi les fruicts que la douleur produict. Sont les souspirs et les larmes non feinctes. De quelque mal un chacun se lamente.
Mais les moyens de plaindre sont divers :
J'ay, quant ^ moy, choisi celuy des vers Pour desaigrir l'ennuy qui me tourmente.
Et c'est pourquoy d'une douce satyre Entremeslant les espines aux fleurs, Pour ne faschei' le monde de mes pleurs, J'hppreste ici le plus souvent à rire.
Or si mes vers méritent qu'on les loue,
Ou qu'on les blasme, à vous seul entre tous
Je m'en rapporte ici : car c'est à vous,
A vous, Seigneur, à qui seul je les voue :
Comme celuy qui avec la sagesse Avez conjoint le droit et Pequité, Et qui portez de toute antiquité Joint à vertu le titre de noblesse :
Ne dédaignant, comme estoit la coustume, Le long habit, lequel vous honorez, Comme celuy qui sage n'ignorez De combien sert le conseil et la plume.
Ce fut pourquoy ce sage et vaillant Prince, Vous honorant du nom d'Ambassadeur, Sur vostre doz deschargea sa grandeur, Pour la porter en estrange Province :
Recompensant d'un estât honorable
Vostre service, ettesmoignant assez Par le loyer de vos travaux passez.
Combien luy est tel service aggreable.
Qu'autant vous soit aggreable mon livre, Qj-ie de bon cœur je le vous offre ici : Du mesdisant j'auray peu de souci, Et seray seur à tout jamais de vivre.