DE MONSIEUR LE CARDINAL DE CHASTILLON
Mon frère m'a sacré ce marbre à la mémoire, Sçachaut qu'en un seul Christ gist toute nostre gloire : Par là son dueil aussi ne veut estre entendu, Sçachant qu'au vray Chrestien tel dueil est défendu. Pourquoy m'a donc sa main dessous ce marbre enclose ? Pour ce qu'il ne pouvoit me donner autre chose.
Ce n'est moy (chère sœur) ce n'est moy qui te donne Ce marbre elabouré, qui ton corps environne :
C'est la Religion, qui de sa propre main T'a hasty ce tombeau d'un œuvre plus qu'humain : Non pour éterniser ta mémoire en ce temple, Mais à fin que ton nom soit un public exemple.
Combien, mon frerc cher, que j'ave estimé vaine, Pendant que j'ay vescu, toute pompe mondaine. Et que receuë au ciel j'ave moins de souci De ce qu'on fait là-bas pour ceux qui sont ici. Si m'est ta pieté toutefois aggreable.
Pour ce qu'en m'honorant tu re rends honorable.
Je t'eusse bien dressé en marbre ou en peinture. En cuN'NTe, ou en airain, plus riche sepuhure. Et tu la méritois : mais ton éternité N'a souci, comme nous, de telle vanité. Encores crain-je bien, si le ciel ne dispense Un frère de pleurer, que mon pleur ne t'offense.
Ton pleur ne me desplaist, si tu pleures en sorte Que pour vive cstrc au ciel tu ne me penses morte : Car si le pleur estoit au bien heureux permis, Les morts devroyent pleurer leur survivans amis. Si donc l'éternité est tousjours en présence, Xe pleure point ma mort, mais pleure mon absence
Si tu avois besoin d'un plus riche tombeau, J'eusse basty pour toy un Mausole nouveau : Si les pleurs te plaisoxent, de pleurs j'eusse lavec Ceste pierre, où l'on voit ta mémoire engravee : Mais le Ciel est plus beau qu'un œuvre Carien, Et pleurer ton trespas, seroit pleurer ton bien.