LE CORAIL
Vous avez pris souvent, mes amis, pour des arbrisseaux ou des plantes, ces productions marines que vous aviez tant de plaisir a considérer dans le cabinet de votre papa. Des personnes qui, soit dit sans vous offenser , étaient incomparablement plus babiles que vous, ont toujours vécu dans la même erreur ,. qui s'est perpétuée pendant plusieurs siècles : ce qui vous prouve avec quelle attention il faut étudier la nature pour découvrir ses secrets.
Je vais d'abord vous parler du corail , qui a dû vous frapper le plus vivement , et qui vous servira à mieux comprendre ce qui concerne les autres.
Le corail , dont la teinte est ordinairement rouge, et quelquefois blanche, ou mélaugée de ces deux couleurs , a fa figure d'un arbrisseau. Sa plus grande hauteur est d'un pied ou un peu plus. Sa tige, a peu près de la grosseur de mon pouce , est couverte d'une espèce d'écorce, et porte des branches dépouillées de feuilles, mais qui semblent présenter des graines et des fleurs. Voila des apparences bien séduisantes pour le croire un petit arbre : n'est-ce pas? cependant, ce n'est que l'ouvrage de petits vers appelés polypes. Je vais vous dire comment ces ingénieux architectes en forment l'édifice pour leur habitation.
Aussitôt que les œufs des polypes ; assemblés en peloton sous quelque rocher.
sont éclos, ces animaux commencent à se bâtir en rond , et l'une contre l'autre, de petites cellules , qu'ils forment à la manière des limaçons et des coquillages, d'une substance qui s'échappe de leurs corps. A mesure que cette substance devient plus abondante, et s'épaissit au point de remplir le fond des tuyaux qu'ils habitent , ils sont forcés de monter un peu plus haut, et d'en former d'autres audessus, dans la même direction. Ceux-ci se remplissent de la même manière , par où le corail acquiert sa durelé : et comme, dans l'intervalle la famille se multiplie, les nouveau-nés forment, d'un côté et d'autre , des colonies d'où proviennent les branches qui se ramifient a leur tour.
Les fleurs qu'on avait cru remarquer sur les brandies , ne sont que les bras de ces polypes , qu'ils étendent en forme de griffes, pour saisir les débris d'insectes dont ils se nourrissent ; et les graines prétendues ne sont que leurs œufs.
C'est de la même manière , mais avec quelque variété, suivant les différentes espèces de polypes, que se forment les coralines , les lilophytes , les éponges , les madrépores et d'autres polypiers , qui se trouvent en certains endroits dans une si grande abondance, que le fond de la mer ressemble à une épaisse forêt.
Vous vous félicitez sans doute, mes amis, de tout ce qu'il vous reste d'intéressant à apprendre dans l'étude de la nature. Je ne vous en ai présenté qu'u» petit tableau , seulement pour vous montrer la perspective de ce qu'elle doit offrir un jour à vos regards , si vous savez les accoutumer de bonne heure à l'observation qu'elle exige pour pénétrer ses mystères. Je ne connais rien de plus satisfaisant et de plus récréatif. Quand nous serons de retour à Paris, je vous mènerai de temps en temps au cabinet d'histoire naturelle, pour vous y faire remarquer peu à peu tous les objets curieux qu'il
A LA CONNAISSANCE UE LA NATURE
renferme. Nous y emploierons nos heures de récréation , afin de ne pas déranger l'ordre de vos études. Je me flatte que vous me remercierez de vous avoir fait connaître ces nouveaux plaisirs, et qu'ils vous paraîtront bien préférables aux amusemens ordinaires de votre âge.
Nous avons jusqu'ici promené nos regards sur la terre , pour nous former une
première idée de ses habitans et de ses productions ; nous venons de les plonger avec le même dessein jusques dans les profondeurs de la mer : dans notre premier entretien nous les élèverons vers les cieux, pour étudier les mouvemens des astres qui roulent dans leur immense étendue.