‹ Œuvres complètes (volume 2)Chapitre 27 sur 62 · Livre ses crins captifs à vos pieux courages · texte numérisé non relu

Livre ses crins captifs à vos pieux courages

Vous ne pouvez mourir... les morts sont vos enfants,

Les morts sont les guerriers qui peuplent ces rivages,

Et passent devant vos images

Sans s'affranchir de leurs tyrans.

Père de tous les biens, l'amour de la patrie

Ponde seul la grandeur d'un peuple à son berceau ;

Il fil régner Venise, et Venise flétrie.

Le jour qu'il expira, dut le suivre au tombeau.

Sa grandeur s'écoula comme le flot qui roule,

Sans laisser à mes pieds de trace sur ce bord.

Ils dqrmand »es vengeurs, eomme le flol qui dort Dans ses cmwx déserts où le marbre s'écrqul@»..

Les Grecs aussi dormaient; ils se sont réveillés! Ils ont levé leurs bras si longtemps immobiles.

Leurs glaives, si longtemps rouilles, Brillent du même éclat qu'au jour des Thermopyles. Fiers, quand ils ont péri, d'un trépas glorieux. Les Grecs, le front levé, regardent leurs aïeux; Et tout couverts d'un sang qui lave tant d'injures, Quand ils montrent du doigt leurs corps percés de coups, Léonidas recule en comptant leurs blessures,

Et Thémistocle en est jaloux.

La république est opprimée ; Et vous aussi, rôveillesirvous, Guerriers, dont h mMn désarmée Languit s^ns force et sans courroux Fils de saint M^rc, réveillez'-vQus; Qu'un peuple devienne une armée.

AU LIDO. m

Saint MarcI gloire et saint Marc!.., A ce eri répété Le lion a rugi, du beffroi qui résonne

L'airain pieui^ s'est agité ; Courez, obéissez au signal qu'il vous donne ;

Frappex, il vous appelle, il sonne

Les vêpres de la liberté !

tt Des armes ! » dites-vous?.,, vos tyrans ont des armes : Osez les leur ravir. Forcez vos arsenaux»

Reprenez ces poignards, ces glaives, ces drapeaux, Que Zara, que Byzance arrosa de ses larmes.

Reprenez-les pour conquérir Ces lois, de tout grand peuple uniques souveraines!

Reprenez-les pour secourir

Et pour imiter les Hellènes !

Reprenez-les pour vaincre...; et, fût-ce pour mourir, Ils seront moins lourds que vos chaînes.

Vainqueurs, sauvez les Grecs ! . . , Vous manque; d0 vaisseaux ! Venise traîne encor son linceul en lambeaux ;

Gomme une voile immense, eh. bien ! qu'il se déploie Au faite de ses tours qui nagent sur les eaux, A ses flèches de marbre, aux pointes des créneaux

Où volent ces oiseaux de proie!

Venise avec ses tours et ses palais mouvants,

Ses temples que la mer balance, Va flotter, va voguer, conduite par les vents. Aux bords où pour les Grecs le passé recommence. Partez ! et puisse-l-elle, aux flots s'abandonnant. Refleurir près d'Athène à sa splendeur rendue,

Et recouvrer en la donnant

La liberté qu'elle a perdue!

Tais-toi, muse, tais-toi! le sommeil de la mort Pèse encor sur ce peuple et ferme son oreille. En voulant réveiller cet esclave qui dort.

Grains pour toi l'oppresseur qui veille.

Dans ces murs, où souvent un seul mot répété A provoqué des Dix la rigueur ténébreuse,

La tyrannie est ombrageuse.

Gomme autrefois la liberté...

Gondolier, Je reviens ; en fendant les lagunes. Rends à Ion noir esquif son doux balancement.

Et chante-moi les infortunes

De Clorinde et de son amant.

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