‹ Œuvres complètes (volume 2)Chapitre 53 sur 62 · ENSEMBLE · texte numérisé non relu

ENSEMBLE

Et nous, plus misérables sœurs !

ANTIGONE

Éclatez, mes sanglots !

ISMÈNE

Coulez, coulez, mes pleurs!

Honiinum divûmque Toluptas,

Aima Venus !

Locatci.

Vénus, ô volupté des mortels et des dieux I

Ame de tout ce qui respire.

Tu gouvernes la terre, et les mers, et les cieux;

Tout Tunivers reconnaît ton empire !

Des êtres différents les germes précieux.

Qui dorment dispersés sous la tiire uu dans l'onde,

Rassemblés à ta voix féconda.

Courent former les corps que tu veux enfanter. Les mondes lumineux roulent d^un cours paisible, L'un vers l'autre attirés, unis sans se heurter. Par ton influence invisible !

Tu parais, ton aspect embellit Tunivers :

Je vois fuir devant toi les vents et les tempêtes:

L'azur éclate sur nos têtes; Un jour pur et divin se répand dans les airs,

L'onde avec volupté caresse le rivage ; Les oiseaux, palpitants sous leur toit de feuillage, Célèbrent leurs plaisirs par de tendres concerts. Des gouffres de Thétis tous les monstres informes

Font bouillonner les flots amers Des élans amoureux de leurs masses énormes.

Les papillons légers se cherchent sous les fleurs, Et par un doux hymen confondent leurs couleurs. L'aigle suit dans les cieux sa compagne superbe : Les serpents en sifflant s'entrelacent sous l'herbe Le tigre, dévoré d'une indomptable ardeur, Terrible, l'œil sanglant et la gueule écumante.

Contemple, en rugissant d'amour et de fureur, La sauvage beauté de son horrible amante.

Tout ressent de Vénus la puissante chaleur;

Tout produit : les vallons, les fleuves, les montagnes :

La rose se parfume, et le chêne verdit;

Au fond de l'Océan la perle s'arrondit.

Et les palmiers en fleurs fécondent leurs compagnes.

Cependant les sylvains, brûlés des mêmes feux. Pressent la nymphe palpitante Qui tremble dans leurs bras nerveux El de désir et d'épouvante ! . . .

La déesse sourit aux mortels enchantés :

Elle entend s'élever au milieu des cités.

De l'épaisseur des bois, du sein des mers profondes.

Un murmure confus de cent bruits amoureux.

Et ce concert voluptueux Est l'hommage éternel des êtres et des mondes.

Neque harum, quas colis, arbornni,

Te, prater inyisas cupressos, Ulla brevem domiouni sequetur.

Horace.

Déjà Taurore âux mains vermeilles Sème les roses du matin ; Va, jeune esclave, sous ces treilles.

Porter les coupes du festin :

Que ces flacons, dont la vieillesse Promet à la soif qui nous presse Un nectar longtemps respecté.

Rafraîchis par des eaux limpides.

M'apportent dans leurs flancs humides Le délire et la volupté.

C'est ainsi qu'une aimable ivresse Loin de moi chasse la douleur.

De mes jours la mort est maîtresse :

Je suis maître de mon bonheur.

Quand l'aveugle destin l'outrage, Amis, le véritable sage S'enveloppe de sa vertu. Dédaignant là plainte importune, Il rit et boit à la Fortune, Qui pensait l'avoir abattu.

Des beaux arbres qui m'ont vu naître, Des cyprès doivent seuls un jour.

Derniers compagnons de leur maître, Le suivre à son dernier séjour.

Mais que parfois la vigne encore.

Sur nos fronts, que son jus colore, Courbe ses fortunés berceaux, Avant que le cyprès fidèle

Balance son ombre éternelle Sur le marbre de nos tombeaux.

Naïs ! par la mort cruelle Quand mon arrêt sera porté, Approche, la douleur fappelle Où t'appelait la volupté.

Réponds à ma voix défaillante, Soulève ma tête tremblante.

De ton souffle viens m'embraser; Ah! que sur tes lèvres de flamme Je puisse déposer mon âmel Que j'expire dans un baiser !

Alors que ma froide paupière Pressera mes yeux à jamais, Naïs ! pour faveur dernière.

Couronne-moi de myrtes frais.

Paré comme en un jour de fête, Sur un bras inclinant ma tête, Une coupe vide à la main, J'offrirai la riante image

De ce convive heureux et sage , Qui sommeille après un festin.

Toi-même» à la clarté ravie, Tu dois fermer tes yeux si beaux; Mais un jour Téternelle vie Sortira du sein des tombeaux.

Comme deux époux de la veille, Qu'un tendre souvenir éveille, Aux premiers rayons du matin, Surpris et charmés de renaître, Ensemble nous verrons paraître L*aurore d'un jour sans déclin.

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