‹ Œuvres complètes (volume 2)Chapitre 8 sur 62 · DE S'UNIR · texte numérisé non relu

DE S'UNIR

Ont laissé des levains de discorde et de haines Dans nos esprits plus turbulents.

Cessant de comprimer la fièvre qui l'agite,

Le fier républicain, sourd aux leçons du temps.

Appelle avec fureur, dans ses rêves ardents,

Une liberté sans limite; Mais cette liberté fut féconde en forfaits:

Cet océan trompeur, qui n'a point de rivages. N'est connu jusqu'à nous que par de grands naufrages

Dans les annales des Français.

« Que nos maux, direz-vous, nous soient du moinsutiles ;

i( Opposons une digue aux tempêtes civiles;

« Que deux pouvoirs rivaux, l'un émané des rois,

« L'autre sorti du peuple et garant de ses droits,

« Libres et dépendants, offrent au rang suprême

« Un rempart contre nous, un frein contre lui-même. »

Vainement la raison vous dicte ces discours; L'égoïsme et l'orgueil sont aveugles et sourds :

Cet amant du passé que le présent irrite, Jaloux de voir ses rois d'entraves dégagés,

Le front baissé, se précipite

Sous la verge des préjugés.

Quoi! toujours des partis proclamés légitimes, Tant qu'ils régnent sur nos débris.

L'un par l'autre abattus, proscrivant ou proscrits. Tour à tour tyrans ou victimes!

Empire malheureux, voilà donc ton destin!...

Français, ne dites plus : « La France nous est chère. » Elle désavoûrait votre amour inhumain.

Cessez, enfants ingrats, d'embrasser votre mère,

Pour vous étouffer dans son sein.

Contre ses ennemis tournez votre courage ; Au conseil des vainqueurs son sort est agiter Ces rois qui l'encensaient, fiers de leur esclavage,

Vont lui vendre la liberté.

Non, ce n'est pas en vain que sa voix nous appelle ; Et, s'ils ont prétendu, par d'infâmes traités.

DE STNIR. 37

Imprimer sur nos fronts une tache éternelle; Si de leur doigt superbe ils marquent les cités Que veut se partager une ligue infidèle; Si la foi des serments n*est qu*un garant trompeur; Si, le glaive à la main, l'iniquité remporte, Si la France n*est plus, si la patrie est morte. Mourons tous avec elle, ou rendons-lui Thonneur.

Qu'entends-je? et d*où vient cette ivresse

Qui semble croître dans son cours?

Quels chants, quels transports d'allégresse !

Quel brillant et nombreux concours !

De nos soldats la foule au loin se presse, D*nne nouvelle ardeur leurs yeux sont embrasés: Plus d'Anglais parmi nous ! plus de joug ! plus d'entraves ! Levez plus fièrement vos fronts cicatrisés... Oui, l'étranger s'éloigne ; oui, vos fers sont brisés;

Soldats, vous n'êtes plus esclaves!

Reprends ton orgueil.

Ma noble patrie; Quitte enfin ton deuil.

Liberté chéri i"

Liberté, pairie, Sortez du cercueil!...

D'un vainqueur insolent méprisons les injures ; Riches des étendards conquis sur nos rivaux, Nous pouvons à leurs yeux dérober nos blessures, En les cachant sous leurs drapeaux.

Voulons-nous enchaîner leurs fureurs impuissantes? Soyons unis, Français ; nous ne les verrons plus Nous dicter d'Albion les décrets absolus, Arborer sur nos tours ses couleurs menaçantes ; Nous ne les verrons plus, le front ceint de lauriers. Troublant de leur aspect les fêles du génie,

Chez Melpomène et Polymnie Usurper une place où siégeaient nos guerriers; Nous ne les verrons plus nous accorder par grâce Une part des trésors flottant sur nos sillons.

Soyons unis ; jamais leurs bataillons De nos champs envahis ne couvriront la face : La France dans son sein ne les peut endurer, El ne les recevrait que pour les dévorer.

DE SX^NIR. 39

Ah ! ne Toublions pas ; naguère dans ces plaines,

Où le sort nous abandonna, Nous n'avions pas porté des âmes moins romaines Qu*aux champs de Rivoli, de Fleurus, d'Iéna ; Mais nos divisions nous y forgeaient des chaînes. Effrayante leçon qui doit unir nos cœurs

Par des liens indestructibles :

Le courage fait des vainqueurs ;

La concorde, des invincibles.

Henri, divin Henri, toi qui fus grand et bon, Qui chassas l'Espagnol et finis nos misères, Les partis sont d'accord en prononçant ton nom , Henri, de tes enfants fais un peuple de frères. Ton image déjà semble nous proléger.

Tu renais ; avec toi renaît l'indépendance :

roi le plus français dont s'honore la France, 11 est dans ton destin de voir fuir l'étranger !

Et toi, son digne fils, après vingt ans d'orage, Régne sur des sujets par toi-même ennoblis ;

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