ACTE I, SCÈNE VL
Ta parleras sans doute?
EDOUARD
Encormoi!
MORTINS.
Toujours toi.
Cest k toi qu'appartient l'opinion publique : Qui roccupe te vole.
EDOUARD
Ardente politique!
Jour et nuit , mes instants sont par elle envahis.
£h bien ! meurs 2i la peine et sauve ton pays. Chaque jour il t'honore, il t'enrichit... J'y pense : Cette terre, Edouard, ta juste récompense, Elle est k toi; pourtant...
EDOUARD
Achève.
MORTINS.
Selon moi, On s'est un peu pressé de te l'offrir.
EDOUARD
Pourquoi?
MORTINS.
Les affaires d'argent ne sont pas terminées.
EDOUARD
Qu'est-ce k dire?
MORTINS.
11 s'en faut de sept mille guinées.
EDOUARD
Me voilk ridicule.
MORTINS.
Ëh! non.
EDOUARD
Je le devien.
On trouvera les fonds.
Qoidcmc?
MORTINS.
Toi.
EDOUARD
De mon bien Tu veux qu'en mon honneur aujourd'hui je souscrive ?
MORTINS.
Pourquoi donc pas? la terre est belle, productive, Et te rendra, mon cher, dix fois tes capitaux.
EDOUARD
Mais je Tai, cette terre, offerte aux hôpitaux.
MORTINS , se Jetant dans ses bras.
Cest noble.
EDOUARD
Désastreux.
MORTINS.
Que je t'embrasse encore!
EDOUARD
Votre don m'appauvrit.
MORTINS.
Pauvreté qui t'honore!
Va m'endelter.
MORTINS.
Je veux t'embrasser de nouveau.
Beau trait!
ACTEI, SCÈNE VL 27
EDOUARD
Qui me ruine.
n n'eo est que phis beau.
Voilk de ces vertus qu'on admindt dans Rome.
EDOUARD
Laisse Ik les Romains et prèl^nitti la somme.
MORTUfS.
Que ne Fai-je, Edouard! je te la donnerais, Ta le sais^ mais ma plume a beau se mettre en frais, L'enthousiasme est grand et Targent toiyours rare. Thomas Goff, le brasseur, est du sien moins avare : Que ne ferait-il pas pour toi, son député. Toi son élu , sa gloire et sa propriété ? Toujours prêt k boxer qui veut te contredire, U a Tair d'avoir dit ce que tu viens de dire. U prêtera l'argent.
EDOUARD, ««Miëpit.
Fais ce que tu voudras , Et que tout soit flni lorsque tu reviendras.
MORTINS.
J'y cours.
EDOUARD, 1« rappelant.
Ebbieii! ma lettre?
MORTUiiS.
A dessein )e ToubUe.
BDOUARD.
Pour mon honneur, Mortins, je veux qu'on la puUie.
MORTINS.
Et c'est pour ton honneur que je ne le veux pas : Il a peur, dira-t-on, et revient sur ses pas.
EDOUARD
On ne pourra le croire.
MORTINS.
On le rendra croyable.
EDOUARD
Misérable Godwin!
MORTINS.
Soit, mais ce misérable A des armes , dit-il, contre ton père et loi.
EDOUARD 9 metUnt la lettre dans la main de MorUns.
Raison de plus : moi, craindre un ennemi sans foi!
MORTINS.
C'est vrai.
EDOUARD
Sans nom.
D'accord,
EDOUARD
Sans talent.
MORTINS.
Qui le nie?
Mais pour calomnier faut-il donc du génie?
EDOUARD
Tiens, la presse, Mortins, est le plus beau des droits Qu'on puisse en honnête homme exercer sous les lois ; "^ Des franchises de tous protectrice vivante, Du faible elle est l'espoir, du puissant l'épouvante. Honneur k l'écrivain qui dit la vérité Au pouvoir menaçant comme au peuple irrité. Les juge en souverain, sans faveur et sans crainte! Car sa magistrature est i)érilleuse et sainie.