SCENE II
CHARLES. II s'avance à pas lenis, les chcvenx et les vêtements en désordre.
J'ai faim!... Que font-ils donc? tout le monde m'oublie? Odette aussi! D'où vient que le bruit a cessé? Us ont craint ma raison; mais plus je suis sensé,
Plus j'ai pitié de la folie.
J'ai chanté comme eux, j'ai dansé,
(Regardant autour de lui. )
Ici, dans ce salon, ici même...
(S'arréUnt devant un portrait de la Reine. }
avec elle, Qui belle et tendre alors...
( Détournant la tête tristement. )
Elle n'est plus que belle , Je ris, car, ce soir-lh , je me faisais un jeu D'intriguer mainte damoiselle Que mon masque effrayî^it un peu...
«8 CHARLES VF.
(Avec épouvante, en s'enfiiyant.)
Au feu! sauvez le roi! le roi se meurt*, au feu! Un réseau de feu l'environne !
(Il s'arrête.)
Rien , non, rien! quel danger cause donc voire eflTroi?
Pourquoi ce cri : Sauvez le Roi?
Ici qui donc est roi? personne...
Aujourd'hui; mais alors... Je cherche el je ne pnis Me rappeler celui qui portait la couronne. Je Tai connu pourtant... il sera mort depuis.
Cest grand' pitié que ce roi , que leur père , Leur bien-aimé, soit mort si promptement. Les malheureux riaient en le nommant, Car sa bonté consolait leur misère.
Ah! s'il vivait, j'irais dire k ce roi : Je souffre aussi -, prenez pitié de moi.
CHOEUR, en dehors.
Plu» de haine! plus de guerre!
Rivaux pour toujours amis, Ruvons, buvons, à plein verre, Au bonheur des deux pays.
Quel bruit!
(Il se dirige vers la salle du banquet, et 9*arrête.)
Mais non, je n'ose : elle est Ih, celte reine, Son regard tue : un jour que fixé sur le mien Il me perçait le cœur, je suis mort de ma peine; Ce roi, c'était moi-même, oui, moi , je m'en souvien.
Quand vous verrez la tombe où je sommeille ,
Priez ; passants, priez et parlez bas!
On dit toujours : Les moris ne souffrent pas.