‹ Œuvres complètesChapitre 47 sur 135 · L'INVITATION AU VOYAGE · texte numérisé non relu

L'INVITATION AU VOYAGE

Mon enfant, ma sœur,

Songe à la douceur D'aller là-bas vivre ensemble I

Aimer à loisir,

Aimer et mourir Au pays qui te ressemble I

Les soleils mouillés

De ces ciels brouillés Pour mon esprit ont les charmes

Si mystérieux

De tes traîtres yeux, Brillant à travers leurs larmes.

Là, tout n'est qu'ordre et beauté, Luxe, calme et volupté.

Des meubles luisants, Polis par les ans, Décoreraient notre chambre; Les plus rares fleurs

Mêlant leurs odeurs Aux vagues senteurs de Tambre,

Les riches plafonds,

Les miroirs profonds, La splendeur orientale,

Tout y parlerait

A râmo ca secret Sa douce langue natale.

Là, tout n'est qu'ordre et beauté.

Luxe, calme et volupté.

Vois sur ces canaux

Dormir ces vaisseaux Dont rhumeur est vagabonde;

C'est pour assouvir

Ton moindre désir Qu'ils viennent du bout du monde.

— Les soleils couchants

Revêtent les champs.

Les canaux, la ville entière,

D'hyacinthe et d'or ;

Le monde s'endort Dans une chaude lumière.

Là, tout n'est qu'ordre et beauté, Luxe, calme et volupté.

iC8 LES FLEURS DU MAL.

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