‹ Œuvres complètes; (volume 3)Chapitre 113 sur 181 · DIXIÈME OBJECTION · texte numérisé non relu

DIXIÈME OBJECTION

L'auteur a dit qu'en Angleterre l'homicide de soi-même étoit l'effet d'une maladie ; et qu'on ne pouvoit pas plus le punir, qu'on ne punit les effets de la démence. Un sectateur de la religion naturelle n'oublie pas que l'Angleterre est le berceau de sa secte ; il passe l'éponge sur tous les crimes qu'il y aperçoit.

RÉPONSE

L'auteur ne sait point si l'Angleterre est le berceau de la religion naturelle; mais il sait que l'Angleterre n'est pas son berceau. Parce qu'il a parlé d'un effet physique qui se voit en Angleterre, il ne pense pas sur la religion comme les Anglois, pas plus qu'un yVnglois, qui parleroit

d'un effet physique arrivé en France, ne penseroit sur la religion comme les François. L'auteur de V Esprit des Lois u'est point du tout sectateur de la religion naturelle ; mais il voudroit que son critique fût sectateur de la logique naturelle.

Je crois avoir déjà fait tomber des mains du critique les armes effrayantes dont il s'est servi: je vais à présent donner une idée de son exorde, qui est tel, que je crains qu'on ne pense que ce soit par dérision que j'en parle

11 dit d'abord, et ce sont ses paroles, que « le livre de l'Esprit des Lois est une de ces productions irrégulières... qui ne se sont si fort multipliées que depuis l'arrivée de la bulle Unigeniliis ». Mais, faire arriver V Esprit des Loisk cdiuse de l'arrivée de la constitution Unigenitus, n'est-ce pas vouloir faire rire? La bulle Unigenitus n'est point la cause occasionnelle du livre de V Esprit des Lois; mais la bulle Unigenitus et le livre de l'Esprit des Lois ont été les causes occasionnelles qui ont fait faire au critique un raisonnement si puéril. Le critique continue : «L'auteur dit qu'il a bien des fois commencé et abandonné son ouvrage... Cependant, quand il jetoit au feu ses premières productions, il étoit moins éloigné de la vérité que lorsqu'il a commencé à être content de son travail ». Qu'en sait-il? 11 ajoute : « Si l'auteur avoitvoulu suivre un chemin frayé, son ouvrage lui auroit coûté moins de travail. » Qu'en sait-il encore? Il prononce ensuite cet oracle : a 11 ne faut pas beaucoup de pénétration pour apercevoir que le livre de l'Esprit des Lois est fondé sur le système delà religion naturelle... On a montré dans les lettres contre le poëme de Pope intitulé : Essai sur l'homme, que le système de la religion naturelle rentre dans celui de

Spinosa : c'en est assez pour inspirer à un chrétien riiorreur du nouveau livre que nous annonçons. » Je réponds que non-seulement c'en est assez, mais même que c'en seroit beaucoup trop. Mais je viens de prouver que le système de l'auteur n'est pas celui de la religion naturelle ; et, en lui passant que le système de la religion naturelle rentrât dans celui de Spinosa, le système de l'auteur n'entreroit pas dans celui de Spinosa, puisqu'il n'est pas celui de la religion naturelle.

Il veut donc inspirer de l'horreur avant d'avoir prouvé qu'on doit avoir de l'horreur.

Voici les deux formules des raisonnements répandus dans les deux écrits auxquels je réponds. L'auteur de V Esprit des Lois est un sectateur de la religion naturelle : donc il faut expliquer ce qu'il dit ici par les principes de la religion naturelle : or, si ce qu'il dit ici est fondé sur les principes de la religion naturelle, il est un sectateur de la religion naturelle.

L'autre formule est celle-ci : L'auteur de VEsjn-il des Lois est un sectateur de la religion naturelle : donc ce qu'il dit dans son livre en faveur de la révélation, n'est que pour cacher qu'il est un sectateur de la religion naturelle: or, s'il se cache ainsi, il est un sectateur de la religion naturelle.

Avant de liuir cette première partie, je serois tenté de faire une objection à celui qui en a tant fait. 11 a si fort effrayé les oreilles du mot de seclateur de la religion naturelle, que moi, qui défends l'auteur, je n'ose presque prononcer ce nom : je vais pourtant prendre courage. Ses deux écrits ne demanderoient-ils pas plus d'explication que celui que je défends? Fait-il bien, en parlant delà religion naturelle et de la révélation, de se jeter perpé-

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