‹ Œuvres complètes; (volume 4)Chapitre 15 sur 251 · DE GNIDE · texte numérisé non relu

DE GNIDE

doit se rendre : mais c'est une profanation de se rendre sans aimer.

L* Amour est attentif à la félicité des Gnidiens : il choisit les traits dont il les blesse. Lorsqu'il voit une amante affligée, accablée des rigueurs d'un amant, il prend une flèche trempée dans les eaux du fleuve d'oubli. Quand il voit deux amants qui commencent à s'aimer, il tire sans cesse sur eux de nouveaux traits. Quand il en voit dont l'amour s'afïoiblit, il le fait soudain renaître ou mourir : car il épargne toujours les derniers jours d'une passion languissante : on ne passe point par les dégoûts avant de cesser d'aimer; mais de plus grandes douceurs font oublier les moindres.

L'Amour a ôté de son carquois les traits cruels dont il blessa Phèdre et Ariane, qui, mêlés d'amour et de haine, servent à montrer sa puissance, comme la foudre sert à faire connoître l'empire de Jupiter.

A mesure que le dieu donne le plaisir d'aimer, Vénus y joint le bonheur de plaire ^

Les filles entrent chaque jour dans le sanctuaire, pour faire leur prière à Vénus. Elles y expriment des sentiments naïfs comme le cœur qui les fait naître. Reine d'Amathonte, disoit une d'elles, ma flamme pour Tirsis est éteinte; je ne te demande pas de me rendre mon amour; fais seulement qu'Ixiphile m'aime.

Une autre disoit tout bas : Puissante déesse, donnemoi la force de cacher quelque temps mon amour à mon berger, pour augmenter le prix de l'aveu que je veux lui en faire.

Déesse de Cythère, disoit une autre, je cherche la

1. A. A mesure que le dieu donne de l'amour, Vénus donne des grâces.

LE TEMPLE DE GNIDE

solitude; les jeux de mes compagnes ne me plaisent plus. J'aime peut-être. Ah! si j'aime quelqu*un, ce ne peut être que Daphnis.

Dans les jours de fête, les fdles et les jeunes garçons viennent réciter des hymnes en l'honneur de Vénus : souvent ils chantent sa gloire, en chantant leurs amours.

Un jeune Ghidien, qui tenoit par la main sa maîtresse, chantoit ainsi : Amour, lorsque tu vis Psyché, tu te blessas sans doute des mêmes traits dont tu viens de blesser mon cœur : ton bonheur n'étoit pas différent du mien ; car tu sentois mes feux, et moi, j'ai senti tes plaisirs.

J'ai vu tout ce que je décris. J'ai été à Gnide; j'y ai vu Thémire, et je l'ai aimée : je l'ai vue encore, et je l'ai aimée davantage. Je resterai toute ma vie à Gnide avec elle * ; et je serai le plus heureux des mortels.

Nous irons dans le temple; et jamais il n'y sera entré un amant si fidèle : nous irons dans le palais de Vénus; et je croirai que c'est le palais de Thémire : j'irai dans la prairie, et je cueillerai des fleurs, que je mettrai sur son sein : peut-être que je pourrai la conduire dans le bocage, où tant de routes vont se confondre; et quand elle sera égarée... l'Amour, qui m'inspire, me défend de révéler ses mystères ^

1. A. Avec elle; mais que deviendrois-je si Venus alloit la prendre pour la mettre au nombre des Grâces?

2. A. Et quand je l'aurai égarée, je lui donnerai un baiser, et ce baiser me rendra si hardi... L'Amour, etc.

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