‹ Œuvres complètes; (volume 4)Chapitre 230 sur 251 · Le jeune César. Suétone, César, c. i · texte numérisé non relu

Le jeune César. Suétone, César, c. i

AVERTISSEMENT

DE L'ÉDITEUR

Lysimaque parut dans le Mercure de France, au mois de décembre 175/i ^ En tète de l'article, les éditeurs du journal mirent la note suivante :

L'auteur de VEsprit des lois nous a permis d'imprimer le morceau suivant qu'il a fait pour l'académie de Nancy; cette fiction est si intéressante et si noble qu'il n'est pas possible de la lire sans aimer et sans admirer le grand prince qui en est lobjct.

Ce grcmd prince, est-il besoin de le dire, était l'ancien roi de Pologne, Stanislas Leczinski, surnommé le Bienfaisant.

Montesquieu connaissait le roi Stanislas. Au mois de juin 17/i7, il avait fait un voyage en Lorraine avec madame de Mirepoix. « J'ai été comblé de bontés et d'honneur à la cour de Lorraine, écrit-il en juillet 17/i7; j'ai passé des moments délicieux avec le roi Stanislas. » A Lunéville, on aimait les lettres; c'était une bonne fortune que de posséder un homme aussi savant et aussi aimable que l'était Montesquieu. « J'en appelle à tous ceux qui l'ont vu à notre cour, disait, en 1755, le chevalier de Solignac. Ils nous diront que sa physionomie avait toute la naïveté de son âme. Véritablement il étonnait par l'excès de sa franchise, et l'on avait peine à décider si, malgré la vivacité de son esprit, il n'ignoroit pas plutôt les artifices qu'il ne dédaignoit de s'en servir : doit-on être surpris après cela si sa candeur attiroit la confiance? ^. »

1. Il fut d'abord imprimé dans l'ilisloire de la Sociclc des sciences cl belles-lellrcs de Nancy, publiée par M. de SoIif,'nac.

2. /iVo^e liistoi ùjxie de M. le président de Monlcfqnieu. Nancy, HGS, p. 32.

AVERTISSEMENT

DE L'ÉDITEUR

On voit que Montesquieu se faisait tout à tous. Au besoin même, pour être agréable au roi Stanislas, il devint poëte et galant, et fit le portrait de M""^ de Mirepoix :

La beauté que je chante ignore ses appas. Mortels qui la voyez, dites-lui qu'elle est belle,

Naïve, simple, naturelle,

Et timide sans embarras, etc.

« Le portrait de M"'*' de Mirepoix, écrivait- il quelques années plus tard à son ami Venuti, a fait à Paris et à Versailles une très-grande fortune;... vous savez que tout ceci est une badinerie qui fut faite à Lunéville, pour amuser une minute le roi de Pologne. »

Stanislas voulut avoir à Nancy une Société royale des sciences et belles -lettres. Tout petit prince a l'ambition d'avoir une académie, et de toutes les ambitions c'est assurément la plus innocente. Montesquieu témoigna le désir d'être reçu des premiers dans cette Société ; et par une ingénieuse flatterie c'est à Stanislas lui-même qu'il s'adressa pour solliciter son entrée à l'Académie :

« Sire, il faudra que Votre Majesté ait la bonté de répondre elle-même à son académie du mérite que je puis avoir. Sur son témoignage, il n'y aura personne qui ne m'en croie beaucoup. Votre Majesté voit que je ne perds aucune des occasions qui peuvent un peu mapprocher d'elle, et quand je pense aux grandes qualités de Votre Majesté, mon admiration demande toujours de moi ce que le respect veut me défendre. »

A cette aimable lettre le roi de Pologne fit une réponse aussi gracieuse que spirituelle :

« Monsieur, je ne puis que bien augurer de ma société littéraire, du moment qu'elle vous inspire le désir d'y être reçu. Un nom aussi distingué que le vôtre dans la république des lettres, un mérite plus grand encore que votre nom, doivent la flatter sans doute, et ce qui la flatte me touche sensiblement. Je riens d'assister à une de ses séances particulières : votre lettre, que j'ai fait lire, a excité une joie qu'elle s'est chargée elle-même de vous exprimer. Elle seroit bien plus grande cette joie, si la Société pouvoit se promettre de vous posséder de temps en temps. Ce bonheur, dont elle connaîtrait le prix, en serait un pour moi, qui serais véritablement ravi de

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vous revoir h ma cour. Mes sentiments pour vous sont toujours les mêmes, et jamais je ne cesserai d'être bien sincèrement, monsieur, votre bien affectionne

« Stanislas, roi. »

Nommé par acclamation, Montesquieu voulut acquitter une dette de reconnaissance; il écrivit Lysimaqae, et le Ix avril 1751, il renvoya de Paris à M. de Solignac, secrétaire de la Société littéraire de Nancy, en y joignant la lettre suivante :

« Monsieur, je crois ne pouvoir mieux faire mes remercîments à la Société littéraire, qu'en payant le tribut que je lui dois, avant même qu'elle me le demande, et en faisant mon devoir d'académicien au moment de ma nomination. Et comme je fais parler un monarque que ses grandes qualités élevèrent au trône de l'Asie, et à qui ces mêmes qualités firent éprouver de grands revers, je le peins comme le père de la patrie, l'amour et les délices de ses sujets; j'ai cru que cet ouvrage convenait mieux à votre Société qu'à toute autre. Je vous supplie d'ailleurs de vouloir bien lui marquer mon extrême reconnaissance, etc. »

La Société de Nancy ne se méprit point sur Tintention qu'avait eu Montesquieu en choisissant un héros éprouvé par de longues infortunes, et devenu dans ses vieux jours le souverain adoré d'un peuple qu'il rend heureux. « Nous nous rappellerons longtemps avec plaisir les applaudissements que reçut cet ouvrage. Nous crûmes apercevoir dans LysimaqueV oh']Qi continuel de notre admiration et de nos hommages ^ » En deux mots, Lysimaque c'était Stanislas.

Toutefois on se tromperait beaucoup si l'on cherchait dans Lysimaque des allusions à la vie agitée du roi de Pologne, véritable roman d'aventures, qu'on est tout étonné de rencontrer au xviii'' siècle. C'est la grandeur morale d'un prince éprouvé par l'infortune qu'a voulu peindre Montesquieu; c'est par la force du caractère et par la bonté que Lysimaque fait penser ù Stanislas.

M. Villemain a apprécié avec une grande finesse ces pages exquises :

« Ce talent singulier d'expliquer, de peindre et d'imiter l'antiquité ne

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