AUX MANES DU MARQUIS DE GHAUVELIN
Comme on voit un lieu qui rappelle
Un agréable souvenir.
0 Guide ! ô campagnes si chères !
Bois consacrés aux doux mystères !
Que j'aimais vos jeunes bergères
Dont l'innocence est le trésor,
Et ces jeux, ces danses légères,
Ces cœurs purs, ces amours sincères,
Ces mœurs dignes de l'âge d'or !
Tous ces biens sont imaginaires ;
Mais j'ai joui de leurs chimères,
Et j'en voudrais jouir encor.
LE
TEMPLE DE GNIDE
Vénus à Gnide aime à fixer sa cour; Elle n'a point de plus riant séjour :
Jamais son char ne quitte l'Empyrée Sans aborder à ce rivage heureux.
Fiers de la voir se confondre avec eux, Les Gnidiens, à sa vue adorée, IN'éprouvent plus cette frayeur sacrée Que fait sentir la présence des dieux : Si d'un nuage elle marche entourée, On reconnaît l'aimable Cythérée Au seul parfum qu'exhalent ses cheveux.
Gnide s'élève au sein d'une contrée Où la nature a versé ses bienfaits :
Le doux printemps l'embellit à jamais.
Une chaleur égale et tempérée Y fait tout naître, et prévient nos souhaits. Vous n'entendez que le bruit des fontaines Et le concert des oiseaux amoureux :
Les bois émus semblent harmonieux :
Mille troupeaux bondissent dans les plaines : L'esprit des fleurs, par les vents emporté, De toutes parts embaume leurs haleines; L'air s'y respire avec la volupté.