‹ Œuvres complètes; (volume 5)Chapitre 357 sur 453 · RÉFLEXION PARTICULIÈRE · texte numérisé non relu

RÉFLEXION PARTICULIÈRE

Des gens 1 frappés de ce qui se pratique dans quelques États, pensent qu'il faudroit qu'en France il y eût des lois qui engageassent les nobles à faire le commerce. Ce seroit le moyen d'y détruire la noblesse, sans aucune utilité pour le commerce. La pratique de ce pays est trèssage : les négociants n'y sont pas nobles, mais ils peuvent le devenir2. Ils ont l'espérance d'obtenir la noblesse, sans en avoir l'inconvénient actuel, [ls n'ont pas de moyen plus sûr de sortir de leur profession que de la bien faire, ou de la faire avec honneur3; chose qui est ordinairement attachée à la suffisance4.

Les lois qui ordonnent que chacun reste dans sa profession, et la fasse passer à ses enfants, ne sont et ne

1. C'est une allusion aux projets de l'abbé de Saint-Pierre. (Rêves d'un homme de bien, p. 195 et suiv). L'abb S avait cent, fois raison contre le Président.

2. Ce dernier point ne rend pas la profession du commerce beaucoup plus honorable (Extrait du Livre de l'Esprit des Lois, p. 26). — Dans la monarchie, chacun fait le commerce afin de pouvoir le quitter ; au lieu que dans les républiques on ne l'entreprend que dans l'espérance de le continuer et do l'augmenter. (Risteau.)

3. A. B. Ou de la faire avec bonheur. (N'est-ce pas la vraie leçon?)

4. Suffisance est synonyme de capacité dans la langue der Montesquieu, — Inf. xxi — comme dans celle de Montaigne.

Page 1