LIVRE XXI, G H A P . VII
si loin les ouvrages de l'art. La religion acheva de corrompre ce que son opulence lui avait laissé de mœurs. Elle érigea un temple à Vénus, où plus de mille courtisanes furent consacrées. C'est de ce séminaire que sortirent la plupart de ces beautés célèbres dont Athénée a osé écrire l'histoire1.
Il paroît que, du temps d'Homère, l'opulence de la Grèce étoit à Rhodes, à Gorinthe et à Orchomène. « Jupiter, dit-il2, aima les Rhodiens, et leur donna de grandes richesses. » 11 donne à Gorinthe3 l'épithèle de riche.
De même, quand il veut parler des villes qui ont beaucoup d'or, il cite Orchomène \ qu'il joint à Thèbes d'Egypte. Rhodes et Gorinthe conservèrent leur puissance, et Orchomène la perdit. La position d'Orchomène, près de l'Hellespont, de la Propontide et du Pont-Euxin, fait naturellement penser qu'elle tiroit ses richesses d'un commerce sur les côtes de ces mers, qui avoient donné lieu à la fable de la toison d'or. Et effectivement, le nom de Miniares est donné à Orchomène5 et encore aux Argonautes. Mais comme, dans la suite, ces mers devinrent plus connues ; que les Grecs y établirent un très-grand nombre de colonies ; que ces colonies négocièrent avec les peuples barbares; qu'elles communiquèrent avec leur métropole; Orchomène commença à décheoir, et elle rentra dans la foule des autres villes grecques.
Les Grecs, avant Homère, n'avoient guère négocié qu'entre eux, et chez quelque peuple barbare; mais ils