‹ Œuvres complètes; (volume 5)Chapitre 45 sur 453 · LIVRE XI, G H A P . XVIII · texte numérisé non relu

LIVRE XI, G H A P . XVIII

qui étaient pour la vie1. Mais à Rome les préteurs étoient annuels; et les juges n'étoient pas même pour un an, puisqu'on les prenoit pour chaque affaire. On a vu, clans le chapitre vi de ce livre, combien, dans de certains gouvernements, cette disposition étoit favorable à la liberté.

Les juges furent pris dans l'ordre des sénateurs, jusqu'au temps des Gracques. Tiberius Gracchus2 fit ordonner qu'on les prenclroit dans celui des chevaliers : changement si considérable, que le tribun se vanta d'avoir, par une seule rogation, coupé les nerfs de l'ordre des sénateurs.

Il faut remarquer que les trois pouvoirs peuvent être bien distribués par rapport à la liberté de la constitution, quoiqu'ils ne le soient pas si bien dans le rapport avec la liberté du citoyen. A Rome, le peuple ayant la plus grande partie de la puissance législative, une partie de la puissance exécutrice, et une partie de la puissance de juger, c'étoit un grand pouvoir qu'il falloit balancer par un autre. Le sénat avoit bien une partie de la puissance exécutrice ; il avoit quelque branche de la puissance législative3 ; mais cela ne suffisoit pas pour contre-balancer le peuple. Il falloit qu'il eût part à la puissance de juger ; et il y avoit part lorsque les juges étoient choisis parmi les sénateurs. Quand les Gracques privèrent les sénateurs de la puissance déjuger4, le sénat ne put plus résister au peuple. Ils choquèrent donc la liberté de la constitution, pour

1. Cela se prouve par Tito-Live, liv. XXXIII, c. xlvi, qui dit qu'Annibal rendit leur magistrature annuelle. (M.)

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