‹ Œuvres complètes; (volume 5)Chapitre 91 sur 453 · DES CHOSES QUI ATTAQUENT LA LIBERTÉ DANS LA MONARCHIE · texte numérisé non relu

DES CHOSES QUI ATTAQUENT LA LIBERTÉ DANS LA MONARCHIE

La chose du monde la plus inutile au prince a souvent aiïoibli la liberté dans les monarchies : les commissaires nommés quelquefois pour juger un particulier t.

Le prince tire si peu d'utilité des commissaires, qu'il ne vaut pas la peine qu'il change l'ordre des choses pour cela. 11 est moralement sûr qu'il a plus l'esprit de probité et de justice que ses commissaires, qui se croient toujours assez justifiés par ses ordres, par un obscur intérêt de l'État, par le choix qu'on a fait d'eux, et par leurs craintes mêmes2.

Sous Henri VIII, lorsqu'on faisoit le procès à un pair, on le faisoit juger par des commissaires tirés de la chambre des pairs : avec cette méthode on ht mourir tous les pairs qu'on voulut.

1. C'est ainsi que furent jugés Cinq-Mars, Fouquet et tant d'autres.

2. V. Sup., VI, v. Monarchie ou République, il n'est pas un gouvernement qui ne s'affaiblisse en nommant des commissions, de quelque façon qu'il les compose. C'est tourner contre soi la conscience publique. Qu'est-ce qu'un tribunal, institué au mépris des tribunaux ordinaires, pour écarter les garanties de la justice régulière? C'est une comédie qui ne trompe personne; c'est un abus de la force qui jette sur les coupables mêmes quelque chose de l'intérêt qui entoure les innocents opprimés.

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