Écrit Claris dans l'original
5. La date de la lettre est fixée par la mention de la réception à l'Académie et du discours à prononcer le l" mai 1716. I.a lettre est donc du 4 avril 1710.
LETTRES FAMILIERES. 2l3
LETTRK IL
A M. DE CAUPOS, VICOMTE DE BISCAnOSSE, ET A SON ABSENCE A M. DE SARRAU DE VÉSIS,
A BOriDEAlX.
Je vous écris, mon cher confrère, aujourd'hui vendredi, parce que demain matin je dois aller à la campagne pour tout le jour. J'écrivis à M. de Yésispar l'extraordinaire de mercredi, et lui demandai excuse d'avoir laissé passer deux courriers sans lui écrire. Ayant appris que le duc^ étoit arrivé dès le matin de la campagne, et retournoit le soir, j'y allai à une heure, comptant bien qu'il me prieroit à dnier, et je comptais que dans tout le temps que nous serions ensemble, il ne pourroit guère s'empêcher de me parler de l'alTaire de l'Académie; mais il m'en garda entièrement le secret.
Après dhier, je passai chez Bernard, qui me dit qu'il avoit parlé de l'alTaire à M. le Duc, qui lui avoit dit qu'il voyoit que le motif de l'Académie en lui demandant le droit de réversion étoit de faire un emprunt par elle ou par nous ; que, cet emprunt fait, il arriveroit qu'on laisseroit arrérager les intérêts ; qu'il arriveroit de là infailliblement qu'on feroit quelque jour décréter la maison contre son intention qui avoit été que cette maison fût pour jamais à l'Académie ; mais que si on pouvait lui fournir un expédient qui obviât à cette difficulté, il s'y prêteroit.
J'eus un beau champ pour battre M. Bernard, et je le
1. Le dur, de La Forre, protecteur de l'académie do Bordeaux. V. sup. *^on éloge fait par Montesquieu.
poussai si bien qu'il ne pût plus soutenir le procédé, et me dit : « Dès que vous serez chez vous, écrivez-moi une lettre que je puisse montrer qui soit comme une suite de notre conversation, et que je puisse montrer à M. le Duc. » Je souscrivis à cet expédient, j'admirai son esprit, et je lui envoyai la lettre dont vous trouverez ici la copie *.
Jecomptois partir dimanche prochain, mais cette affaire pourroit bien me retenir quelques jours, étant bien aise de veiller et de savoir l'effet qu'aura produit ma lettre.
Je vous prie de dire à M. de Yesis que j'ai fait les commissions, et que je compte les porter moi-même.
Je ne sache rien ici de nouveau si ce n'est qu'on recommence à y parler de la peste; cette conversation avoit été longtemps assoupie.
On continue à dire qu'on refera de nouvelles actions *. Ce qu'il y a de certain, c'est que toutes les manufactures d'autour de Paris sont, les unes totalement, les autres presque détruites.
Je fus hier à la Verrerie où je trouvai maison à louer ; j'habite, moucher confrère, un f... pays, et je serai charmé pour bien des raisons d'avoir le plaisir de vous voir, et de boire avec vous.
Je vous embrasse mille fois, et suis votre très-humble et très-obéissant serviteur.
Montesquieu.
Je vous prie de saluer bien fort de ma part MM. de Sarrau, de Barbot % et M. le Président de Gasc.
\. Nous n'avons pas cette copie.