‹ Œuvres complètes;Chapitre 195 sur 312 · LETTRE LXIX · texte numérisé non relu

LETTRE LXIX

AU CHEVALIER d'AYDIES.

Je * suis bien charmé de la conversation que vous avez eue ; je ne crains jamais rien là où vous êtes. M. de Fontenelle a toujours eu cette qualité bien excellente pour un homme tel que lui : il loue les autres sans peine'...

Donc, si j'avois fait YEsprit des Lois, j'aurois acquis l'estime de mon cher chevalier ; il m'en aimeroit davantage : pourquoi donc ne pas faire V Esprit des Loisl J'ai toute ma vie désiré de lui plaire; c'est pour cela que je lui ai donné une permission générale de faire les honneurs de mon imbécillité. Je vois que l'auteur de cet ouvrage doit prendre son parti, et consentir à perdre l'estime de M. d'Aube *. Votre lettre, mon cher chevalier, est une lettre charmante; je croyais, en la lisant, vous entendre parler.

Je suis bien aise que Madame de Mirepoix aille en Angleterre; elle y sera adorée; et, j'en suis bien sur, elle peut plaire même à ceux qui ne se soucient pas qu'on leur plaise ^ Je vous avertis que lorsque le duc de Richemont sera à Paris, vous devrez être de ses amis; il a tant de bonnes

1. Dans les OEuvres posthumes do. Montcsquiou, tout co paragraphe fait partie de la lettre prccédoiito, datée de La lirèdc, en 17i8.

'2. Cet éloge de Fontenello justilio une autre appréciation ])ul)liée dans les Pensées diverses et qui a scandalisé Sainte-Beuve : « Fontenelle autant au-dessus des autres hommes par son cœur (ju'au-dessus des hommes de lettres par son esprit. »

3. Sur M. d'Aube, voyez notre [ntroducUon à l'Esprit des /,o/x, tome III, page XXVI.

■l. C'est-à-dire les Anglais.

qualités, qu'il est nécessaire que vous l'aimiez, et je vous dis la raison qui fait qu'il est nécessaire qu'on vous aime. Adieu, mon cher chevalier ; je vous aimerai et vous respecterai jusqu'à la fin de mes jours.

Bordeaux, ce 27 janvier 1749.

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