A L A B B K V E X II T
A I! O H 1) K Al X .
Je suis bien fâché, mon cher Abbé, que vous partiez pour l'Italie', et encore plus que vous ne soyez pas content de nous. Je vois pourtant, sur ce qui m'est revenu, qu'on n'a pas pensé à manquer à la considération qui vous est due si légitimement. Je souhaite bien que vous ayez sa'tisfaction dans votre voyage d'Italie, et je souhaiterois bien, qu'après ce temps de pèlerinage, vous passassiez dans une plus heureuse transmigration, et telle que votre mérite ])ersonncl le demande. Si vous pouvez l'elirer votre dissertation de chez le président Barbot, qui la garde comme des livres sibyllins, j'en feiai usage ici à votre profil : mais votre lettre ne le fait pas espérer. Faites, je vous prie, mes
1. M. l'ablH' Vcnuti, après s'ùtre retiré de l'abbaye de Ck^rac, avoit fixé son séjour à Bordeaux, allacbé n i'académiedosscicnccs ctbcllcs-lettres do ccttoville; mais riùnpcrcur l'ayant nommé prévôt de Livourne, il fut obligé d'en partir et son départ fut regardé comme une grande perte pour l'académie. Pendant son séjour h I.ivourne, il a continué d'enrichir la république des lettres de difféientes bonnes dissertations. Le mauvais état de sa ^anté vient do rnl>li»er do rf^nonror à sa place pour se retirer à Cortono dans sa laniili.'. ftiiAsco. l'/lH.'*
LKTTRHS L< AMILIÉIUÎS. 3il
compliments à notre comtesse et à M""' Duplessis'. Si vous faites votre voyage entièrement par terre, vous verrez à Turin le commandeur de Solar, qui y vicnlra de Rome. Adieu, mon cher abbé : conservez-moi de l'amiîié; et croyez qu'en quel({ue lieu du monde que je sois, vous aurez un ami fidèle.
De Paris, ce IS nmi 17.M).
LKTTHK LXXXVI,
A. S. K. AIONSIEDU Mi MAKQLIS I)i; S T A KN \ I I, L E .
JIINISIIIE PI.ÉNI l>01 i;\TI AIU K lili I. >. M T E K K l li d'A I. L KM AO N K A !M R 1 S .
Les bontés dont Votre Excellence m'a loujours honoré font que je prends la liberté de m'ouvrir à elle sur une chose qui m'intéresse beaucoup. Je viens d'apprendre que les jésuites sont parvenus à faire défendre, à Vienne, le débit du livre de ['Esprit des f.oi;>. Votre Excellence sait que j'ai déjà ici des querelles '\ soutenir, tant contre les jansénistes que contre les jésuites; voici ce qui y a donné lieu. Au chapitre sixième du livre ([uatrième de mon livre,
1. Dame de Bordeaux qui aiiiioit les lettre:^, et surtout riustoire naturelle, dont elle ressombloit une collection. (G.)
2. L'original de cette lettre est à Ratisbonne dans la bibliothèque de l'Empereur. M. de Stainville la lui avoit fait passer dès le 30 mai 17r)(). Le bil)liothécaire avoit écrit sur la lettre d'envoi de l'ambassadeur : « Lettre de M. le marquis de Stainville, en lui envoyant une lettre du célèbre Montesquieu au sujet du faux bruit qui avoit couru que VEsprit des Lois avait été prohibé à Vienne. » (Mii.i.i\, Magasin encyclopédique, 1799, t. I, p. 393.) L'édition Dalibon (Paris, 1827), dit que l'original de cette lettre était dans la bibliothèque du prince de la Tour et Taxis.
342 LHTTRES FAMILIÈRES.
j'ai parlé de l'établissement des jésuites au Paraguay , et j'ai dit que, quelques mauvaises couleurs qu'on ait voulu y donner, leur conduite à cet égard étoit très-louable ; et les jansénistes ont trouvé très-mauvais que j'aie par là défendu ce qu'ils avoient attaqué, et approuvé la conduite des jésuites : ce qui les a mis de très-mauvaise humeur. D'un autre côté, les jésuites ont trouvé que dans cet endroit même je ne parlois pas d'eux avec assez de respect, et que je les accusois de manquer d'humilité. Ainsi j'ai eu le destin de tous les gens modérés, et je me trouve être comme les gens neutres que le grand Cosme de Médicis comparoit à ceux qui habitent le second étage des maisons, qui sont incommodés par le bruit d'en haut et par la fumée d'en bas. Aussi, dès que mon ouvrage parut, les jésuites l'attaquèrent dans leur Journal de Trévoux^ et les jansénistes en firent de même dans leurs Nouvelles ecclésiastiques-, et quoique le public ne fît que rire des choses peu sensées qu'ils disoient, je ne crus pas devoir en rire moi-même, et je fis imprimer ma Défense que votre Excellence connoit, et que j'ai l'honneur de vous envoyer : et comme les uns et les autres me faisoient à peu près les mêmes impressions, je me suis contenté de répondre aux jansénistes, à un seul article près, qui regarde en particulier le Journal de Trévoux.
Votre Excellence est instruite du succès qu'a eu ma Défense, et qu'il y a eu ici un cri général contre mes adversaires. Je croyois être tranquille, lorsque j'ai appris que les jésuites ont été porter à Vienne les querelles qu'ils se sont faites à Paris, et qu'ils y ont eu le crédit de faire défendre mon livre*, sachant bien ({ue je n'y étois pas